Comment un banquier anglais a transformé le cap d'Antibes en 1864
Banquier anglais et carrosse : le destin du cap d'Antibes

Automne 1864 : Antibes retient son souffle. Depuis des décennies, la cité regarde avec envie Cannes, transformée par l'arrivée de Lord Brougham en 1834. Hôtels, villas, hivernants fortunés… la ville voisine prospère. Antibes, elle, sort tout juste de sa vocation militaire. Et depuis le rattachement du comté de Nice à la France en 1860, les remparts ne suffisent plus à assurer son avenir. Il lui faut désormais attirer les riches visiteurs d'hiver.

L'arrivée de James Close et de la goélette Sibilla

Le 1er novembre 1864, l'imposante goélette, la Sibilla, jette l'ancre devant le Fort Carré. Ancien bâtiment de guerre du roi de Naples transformé en yacht de plaisance, le navire intrigue autant que son propriétaire. À son bord, Sir James Close, 65 ans, riche négociant anglais, ancien banquier et conseiller du roi de Naples, voyage avec sa seconde épouse, leurs huit enfants, un fils aîné, des nourrices, des professeurs et un équipage d'une quinzaine d'hommes.

« Dans une ville de moins de 6 000 habitants, le spectacle est inédit. D'autant que la famille vit sous haute protection. Quelques années plus tôt, à Constantinople, l'un des enfants a été enlevé avant d'être libéré contre une rançon. Depuis, lors des promenades, les marins escortent les Close, armés de sabres et de revolvers. Les Antibois accourent pour les observer », détaille Nathalie Aguado, auteure de Cap d'Antibes, les artisans du rêve.

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L'opération séduction des notables antibois

James Close cherche une propriété. Après plusieurs visites à Cannes, ne trouvant pas son bonheur, il est venu mouiller devant Antibes. Mais lorsque son équipage prépare le départ, les notables comprennent que leur chance est peut-être en train de s'éloigner. Ils improvisent alors une opération de la dernière chance. Le plus beau carrosse de la ville est emprunté au comte Paul de Fersen. Une invitation est remise à James Close qui accepte, par courtoisie, de se rendre le lendemain au château.

Le banquet attendu se transforme en réunion d'affaires. Sur une grande table sont déployés les plans du cap d'Antibes. Les membres de la Société des propriétaires fonciers lui expliquent qu'ici tout est à construire. Contrairement à Cannes, où les terrains sont devenus rares et très chers, le Cap offre encore des hectares disponibles pour une somme modeste. L'ancien banquier comprend immédiatement le potentiel du lieu.

L'achat des terrains et le lancement du projet

Le 8 décembre 1864, son épouse Anne Close-Brooks acquiert près de 18 hectares au sud du cap d'Antibes, au prix de 25 centimes le mètre carré. Les terrains sont encore agricoles ou rocailleux, mais le projet est immense : créer une véritable ville d'hiver, ouvrir des routes, bâtir des villas et attirer une clientèle internationale. À Antibes, l'enthousiasme est total. Les journaux célèbrent déjà celui que beaucoup surnomment le « Lord Brougham d'Antibes ». Les habitants sont persuadés que le destin de leur ville vient de basculer.

James Close lance aussitôt la construction de sa première demeure, Antipolis. Chaque jour, il suit personnellement l'avancement du chantier. Mais en décembre 1865, un an seulement après l'achat des terrains, il meurt brutalement d'une crise cardiaque.

L'héritage de James Close

Avec lui disparaît le rêve d'une ville d'hiver. Sa veuve abandonne le projet imaginé par son mari. Elle fait construire une résidence plus discrète, la villa Close-Brooks, devenue villa Hier, l'une des demeures historiques du cap d'Antibes. James Close n'aura finalement bâti qu'un rêve. Pourtant, c'est bien lui qui a donné aux Antibois la conviction que leur presqu'île pouvait devenir l'un des plus beaux lieux de villégiature de la Riviera. « Il suffit parfois d'un homme venu de la mer pour éveiller un territoire », conclut Nathalie Aguado. Une rue porte son nom dans la vieille ville.

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