Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a tenu son congrès fédéral à Essen les 5 et 6 juillet 2026, affichant une unité de façade. Derrière cette apparente cohésion, le parti est pourtant traversé par de profondes divergences, notamment entre l'aile radicale emmenée par Björn Höcke et la direction plus modérée incarnée par Tino Chrupalla et Alice Weidel.
Un congrès sous haute tension
Malgré les discours unificateurs, les débats ont été houleux. Une motion visant à exclure les membres de l'aile radicale a été rejetée par 62 % des délégués, selon un porte-parole du parti. Ce vote montre que la ligne dure conserve une influence majeure au sein de la formation.
Les délégués ont également adopté une résolution appelant à un « remigration » massive des demandeurs d'asile et des étrangers en situation irrégulière, un terme controversé qui divise même au sein de l'AfD. Selon des sources internes, environ 30 % des délégués se sont abstenus ou ont voté contre cette résolution.
Des fractures idéologiques persistantes
Les divergences portent aussi sur la politique économique. L'aile radicale prône un protectionnisme strict, tandis que l'aile modérée défend une ligne plus libérale. Un délégué de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a déclaré au Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Nous ne pouvons pas continuer à nous déchirer sur chaque sujet. L'unité est cruciale pour les prochaines élections régionales. »
L'AfD a obtenu des scores records dans plusieurs Länder en 2025, atteignant 28 % en Thuringe et 24 % en Saxe, selon les chiffres officiels. Cependant, les analystes estiment que les divisions internes pourraient freiner son ascension.
La stratégie européenne en débat
Un autre sujet de discorde est la position vis-à-vis de l'Union européenne. L'aile radicale réclame une sortie de l'UE (Dexit), tandis que la direction préfère une ligne plus pragmatique. Une motion en faveur du Dexit a été repoussée, mais une résolution appelant à une « réforme en profondeur » de l'UE a été adoptée avec 55 % des voix.
Les divisions s'étendent également à la question de l'OTAN, certains membres de l'aile radicale se montrant favorables à un rapprochement avec la Russie. Alice Weidel a pourtant réaffirmé lors de son discours de clôture : « Nous sommes unis dans notre combat contre la politique migratoire et la transition énergétique du gouvernement. »
Des élections cruciales en perspective
L'AfD se prépare pour les élections régionales de 2027 dans plusieurs Länder, dont la Hesse et le Bade-Wurtemberg. Les sondages actuels lui donnent entre 15 % et 20 % des intentions de vote, selon l'institut Forsa. Mais les analystes estiment que les dissensions internes pourraient limiter sa progression.
Le chercheur en sciences politiques Janusz Biene, de la Fondation Friedrich-Ebert, estime que « l'AfD reste un parti profondément divisé, et le congrès n'a fait que masquer temporairement ces fractures. La question est de savoir si la direction parviendra à maintenir l'unité jusqu'aux prochaines échéances électorales. »



