Algérie et Maroc : une unité fragile face à la crise malienne
Algérie et Maroc : unité fragile face à la crise malienne

Les dossiers sur lesquels l’Algérie et le Maroc s’accordent se comptent sur les doigts d’une main amputée de quatre phalanges. Avec la crise ouverte au Mali, pays frontalier avec l’Algérie (1300 kilomètres de frontières communes) et la Mauritanie (2200 kilomètres), deux des cinq pays qui composent le Maghreb, on a pu entendre la douce musique du langage commun tenu par les deux poids lourds régionaux.

Un Mali qui tangue entre séparatistes et djihadistes

Un Mali qui tangue, qui se scinde entre séparatistes et djihadistes, le FLA (Front de libération d’Azawad des Touaregs) et le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda) promet la charia pour tous, n’est guère une bonne nouvelle pour la stabilité de la bande sahélienne et de l’Afrique du nord, deux régions qui n’en font qu’une sur les sujets sécuritaires, sociétaux, démographiques. Sans omettre les trois projets de gazoduc qui s’affrontent pour relier le Nigeria aux clients européens. Les stratégies des deux puissances régionales s’appuient sur leurs atouts réciproques. Revue de détails.

« Alger est le donneur d’ordre »

Si le Mali est « l’une des nations les moins avancées au monde » selon les données de l’ONU, son devenir importe. Tant pour son voisinage immédiat, les pays de la bande sahélienne et le Maghreb que l’Union européenne, par ruissellement migratoire et sécuritaire. Le coup de force mené par le FLA et le JNIM ébranle la junte malienne, au pouvoir depuis le coup d’État de 2021. Junte militaire qui ne contrôle que difficilement la moitié du pays. Un pouvoir faiblard, autoritaire, incapable de gérer son territoire, de mener ses missions régaliennes, sociales et scolaires, ayant rompu avec l’UE en expulsant la force de la MINUSMA, la France, les Occidentaux au sens large pour se jeter dans les bras du Kremlin. Mais le FLA a repris la capitale du nord, Kidal, tout à son projet de créer un État touareg. Et expulser les Russes.

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Alger est la puissance régionale avec laquelle il est compliqué de faire sans. Au Mali, le régime algérien veut que la soldatesque russe quitte sa frontière, que la junte change de ton ou plie. Alger est au courant de tous les murmures du Sahara, jouant habilement de sa carte énergétique pour nouer des liens plus étroits avec le Niger notamment où la Sonelgaz y construit une centrale électrique. De nombreux accords ont été signés entre les deux pays.

Le Mali reconnaît le plan marocain du Sahara Occidental

Le 10 avril, le ministre des affaires étrangères du Maroc, le dynamique Nasser Bourrita, posait ses mocassins sur le sol malien. Il rencontrait le président de la transition Assimi Goïta afin d’entendre les paroles attendues : le Mali reconnaissait qu’une autonomie véritable sous souveraineté marocaine est la solution la plus réaliste, rompant avec quarante-six ans de neutralité sur le sujet. Cerise diplomatique : « le Mali retire sa reconnaissance de la république arabe du Sahara démocratique » que veut le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, depuis la fin des années 1970. Quinze jours après cette annonce, Touaregs et djihadistes entraient par effraction dans toutes les villes importantes du Mali. De là à entrapercevoir un lien de causalité entre une future ambassade malienne à Layoune et l’attaque conjointe, il y a un océan qui fut vite franchi.

Le Royaume joue ses cartes maîtresses avec les pays sahéliens, notamment le trio formant l’AES (Alliance des États du Sahel), Mali, Burkina Faso et Niger. Diplomatie religieuse, le Maroc ayant formé plusieurs centaines d’imams pour le Mali, imams ayant pour enseignement la tolérance, la lutte contre l’extrémisme, le « juste milieu ». Diplomatie logistique avec le futur port de Dakhla au Sahara occidental, un accès sur l’Atlantique pour ces pays sahéliens enclavés.

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Rabat et Alger prônent « l’unité nationale du Mali »

L’Algérie qui partage mille trois cents kilomètres de frontières communes avec le Mali est en termes exécrables avec la junte au pouvoir à Bamako. Depuis deux ans, ce ne sont qu’accusations, rodomontades et rappels des ambassadeurs. « Alger ne supporte pas de sentir le souffle russe sur sa nuque » confie un observateur, « même si Moscou est un allié historique, les Algériens placent leur indépendance au-dessus de tout ». La présence de l’Africa Corps (l’armée russe qui a succédé aux mercenaires de Wagner après la mort de son fondateur Prigojine) à Kidal et Tinsalit au nord Mali avait provoqué un incident déclencheur - l’entrée d’un drone malien dans l’espace aérien algérien - provoquant une quasi-rupture diplomatique. « La brouille de trop » analyse Michael Ayari, analyste en chef pour l’Algérie et la Tunisie pour Crisis Group, coauteur d’un très sérieux rapport à paraître sur le Mali.

Quarante-huit heures après le début des événements, lundi 27 avril, Ahmed Attaf, ministre des affaires algériens, déplorait les « développements dangereux » que connaît « la République du Mali, pays frère », insistant sur la politique « claire et constante de l’Algérie et son soutien à l’unité du Mali, territoire, peuple et institutions ». Il réaffirmait le besoin de « cohésion nationale (qui) constitue le meilleur rempart contre le terrorisme et un bouclier solide pour faire face à ce fléau avec l’efficacité requise ». Difficile d’être plus limpide.

Le 29 avril, le ministre des affaires étrangères du Maroc, Nasser Bourita insistait à son tour sur le caractère « fondamental » de la « stabilité du Mali », « le Maroc condamne ces attaques et considère qu’elles sont inacceptables et qu’elles ont fait beaucoup de victimes ». Dernier point prononcé en présence de Christopher Landau, Secrétaire d’État Adjoint des États-Unis : la dénonciation « d’une collusion manifeste entre séparatisme et groupes terroristes », « alliance (qui) constitue une menace pour la stabilité de la région ».

Que ce soit la junte, les djihadistes ou les indépendantistes, le Maroc et l’Algérie veulent de la stabilité et du développement économique. Le reste n’est que ragots.

*L’un passerait par le Maroc, le second par l’Algérie et la Tunisie, le troisième par la Libye.