En Algérie, l'Instance nationale indépendante des élections (INIE) a annoncé l'invalidation de plusieurs centaines de candidatures en vue des élections législatives prévues le 12 juin prochain. Cette décision, rendue publique ce mercredi, concerne principalement des candidats issus de partis d'opposition et de la société civile.
Des chiffres contestés
Selon les données officielles, 1 486 candidatures ont été rejetées sur un total de 22 000 déposées, soit un taux d'invalidation d'environ 6,7 %. Toutefois, des sources proches de l'opposition évoquent un chiffre bien plus élevé, allant jusqu'à 2 500 candidatures écartées. L'INIE justifie ces invalidations par des manquements aux critères légaux, notamment l'absence de casier judiciaire vierge ou le non-respect des quotas de parité.
Réactions de l'opposition
Les partis d'opposition dénoncent une manœuvre visant à écarter des concurrents gênants. Le Front des forces socialistes (FFS) a qualifié cette décision de "coup de force électoral", tandis que le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) évoque une "élection tronquée d'avance". Plusieurs candidats indépendants ont également annoncé leur intention de contester ces invalidations devant le Conseil d'État.
Cette situation rappelle les tensions récurrentes lors des scrutins en Algérie, où le pouvoir est régulièrement accusé de verrouiller le jeu politique. Les élections législatives de 2021 avaient déjà été marquées par un taux d'abstention record de 77 %, et la participation s'annonce à nouveau faible.
Enjeux politiques
Ces invalidations interviennent dans un contexte de méfiance croissante envers les institutions. Le président Abdelmadjid Tebboune, élu en 2019 sur fond de contestation du Hirak, peine à incarner le changement promis. L'opposition, bien que divisée, tente de capitaliser sur ce mécontentement. Les élections législatives sont perçues comme un test pour la légitimité du régime.
L'INIE, mise en place après les réformes constitutionnelles de 2020, se défend de toute partialité. Son président, Mohamed Charfi, a assuré que les décisions étaient prises "en toute indépendance et sur la base de critères objectifs". Cependant, les observateurs notent que la composition de l'instance, majoritairement issue de la mouvance présidentielle, laisse planer un doute sur son impartialité.
En attendant, les recours s'organisent. La campagne électorale, officiellement lancée le 22 mai, se déroule dans une atmosphère tendue. Les candidats invalidés appellent à un boycott du scrutin, tandis que le pouvoir mise sur une participation minimale pour légitimer le processus.



