Le monde de l'édition est secoué par l'annulation d'un contrat exceptionnel. L'agence Europa Content a mis fin à l'accord de 2,4 millions de dollars signé avec l'éditeur Minotaur/MacMillan pour la publication du roman policier Call Me, I'll Hide The Body de Jerry Faladé. La raison invoquée : des doutes sur l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans l'écriture du livre.
Un roman prometteur au cœur d'une bataille éditoriale
Le roman suit un émigré nigérian à Houston, doctorant en chimie et agent d'entretien, qui se retrouve mêlé à un cartel grâce à son talent pour dissimuler des corps. Un scénario qui s'annonçait très prometteur, d'autant que quatorze maisons d'édition se livraient une bataille effrénée pour s'arracher le manuscrit. L'agence Europa Content, qui représentait l'auteur afro-américain dans les négociations, a finalement annulé le contrat.
Les enjeux juridiques et éthiques de l'IA
Si l'utilisation de l'IA était avérée, cela poserait un problème juridique majeur. Pour un éditeur, acheter les droits d'un roman ne consiste pas seulement à obtenir la permission de l'auteur. Il faut aussi garantir que l'auteur possède les droits sur l'ensemble de l'œuvre et que personne d'autre ne pourra réclamer une partie des droits. Or, les textes écrits par IA, aux États-Unis comme dans l'UE, ne bénéficient d'aucune protection légale. Sur le plan éthique, le risque de voir les clients se détourner de l'ouvrage est également important.
Jerry Faladé nie en bloc ces accusations, assurant n'avoir jamais eu recours à l'IA ni pour écrire ni pour améliorer son texte. Il accuse en retour le secteur de l'édition de biais racistes, affirmant qu'il n'est pas le premier auteur noir à faire l'objet de suspicions abusives. Les prochains mois devraient permettre de faire la lumière sur cette crise et de déterminer si l'écrivain porte ou non une part de responsabilité.
L'IA omniprésente sur les plateformes d'auto-édition
Quelle que soit l'issue, l'affaire Faladé signale un changement de paradigme pour le secteur de l'édition avec la montée en puissance de l'IA. En vertu des lois américaines et européennes, tout éditeur qui publie un livre rédigé par une IA encourt le risque de ne disposer d'aucune protection juridique sur un investissement potentiellement colossal, rappelle RTBF.
Si les maisons d'édition redoublent de vigilance, les plateformes d'auto-édition comme Amazon ou Kindle, où tout auteur peut publier directement son livre, ne peuvent pas en dire autant. Sur ces plateformes, plus d'une œuvre sur deux contiendrait des passages générés par IA. Une étude analysant 14 000 romans de fiction vendus sur Amazon entre 2023 et 2026 révèle que pour 15 % d'entre eux, au moins la moitié du texte a été produite par une IA. Cette tendance interroge sur l'avenir de la création littéraire.



