Le philosophe Mickaël Labbé, dans une tribune publiée par Le Monde en août 2026, soutient que l'éloignement géographique des abattoirs des centres urbains contribue à l'ignorance des citoyens sur les conditions de vie et de mort des animaux. Selon lui, cette distance physique se double d'une distance morale qui rend acceptable l'inacceptable.
Une distance qui masque la réalité
Mickaël Labbé constate que les abattoirs sont de plus en plus souvent implantés dans des zones industrielles périphériques, loin des regards. Cette discrétion, si elle répond à des impératifs pratiques et sanitaires, a pour effet de soustraire au débat public la question de la souffrance animale. Le philosophe rappelle que la plupart des consommateurs n'ont jamais vu un abattoir de l'intérieur, et que cette absence de contact direct nourrit une indifférence coupable.
Il souligne que cette ignorance n'est pas un hasard, mais le résultat d'un processus historique de relégation des activités liées à la mort animale. Alors que dans les sociétés traditionnelles l'abattage était un événement collectif, il est devenu aujourd'hui une pratique cachée, presque honteuse. Cette occultation, selon le philosophe, prépare notre ignorance des conditions de vie des animaux d'élevage, mais aussi de leur mort.
Une éthique de la proximité
Pour Mickaël Labbé, la solution ne réside pas dans un retour nostalgique à des pratiques anciennes, mais dans une réappropriation citoyenne de la question animale. Il appelle à une éthique de la proximité qui passerait par la transparence sur les méthodes d'élevage et d'abattage, et par une éducation au respect des animaux dès le plus jeune âge. Il estime que la philosophie a un rôle à jouer pour penser ces questions, en dépassant les clivages entre antispécistes et défenseurs de l'agriculture traditionnelle.
Le philosophe invite ainsi à un débat public apaisé, fondé sur des faits et non sur des images choc. Il plaide pour que les citoyens soient informés des réalités de la production de viande, afin qu'ils puissent faire des choix éclairés. Il conclut que l'éloignement des abattoirs n'est pas une fatalité, mais un choix de société qu'il est possible de remettre en question.



