Marc-André Selosse : Un plaidoyer pour les sciences au service de la société
Marc-André Selosse, professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paris et membre de l'Académie d'agriculture de France, âgé de 58 ans, est une figure éminente dans le domaine des sciences naturelles. Enseignant dans plusieurs universités en France et à l'étranger, ses recherches se concentrent sur les associations symbiotiques, tandis que ses enseignements couvrent la botanique, la microbiologie, l'écologie et l'évolution. Éditeur de revues internationales et de la revue de vulgarisation Espèces, il est également très actif grâce à environ 250 conférences annuelles, des vidéos, des documentaires et des articles.
Une conférence publique sur le microbiote et la santé globale
Invité par l'association Alterna'Bio, Marc-André Selosse animera une conférence publique gratuite le mardi 7 avril, à 20 h 30, à la salle des fêtes de Saint-Affrique, dans l'Aveyron. Intitulée "Le microbiote, levier de la santé globale, à la croisée de l'humanité et de la biodiversité", cette intervention abordera des enjeux cruciaux pour notre époque.
Selosse explique que nous possédons deux types de microbiotes : un biologique, présent sur notre peau et dans notre organisme, et un culturel, lié aux aliments fermentés comme le fromage, la choucroute, le pain et le beurre. "Ces deux microbiotes partagent une fonction commune : ils nous protègent et contribuent à notre bonne santé", affirme-t-il. Cependant, il met en garde contre leur déclin, attribué à une hygiène excessive et à une consommation réduite d'aliments fermentés et de fromages au lait cru. "Notre environnement devient trop stérile, ce qui entraîne des problèmes sur la qualité des aliments et notre santé. C'est un domaine où la biodiversité nous fait défaut", souligne-t-il.
Des pistes pour l'avenir : agro-écologie et éducation
Dans sa conférence, Selosse présentera des perspectives qui dépassent le cadre des microbiotes. Il évoquera l'agro-écologie comme moyen de réduire l'usage des pesticides et de protéger les cultures. "L'idée est de reprendre le contrôle du monde microbien et d'utiliser cette diversité pour notre santé et nos activités", précise-t-il. Plus largement, il insistera sur la nécessité de renouer avec la nature, notamment par l'éducation. "Il faut former les jeunes générations, à travers les programmes scolaires, pour qu'ils sachent utiliser le vivant pour leur santé", ajoute-t-il.
Évoquant l'exemple du Roquefort, un fromage au lait cru, Selosse montre que la richesse microbiologique peut coexister avec l'activité économique. "Cela prouve que biodiversité et économie ne sont pas incompatibles", remarque-t-il, avec une pointe d'humour sur la possibilité de déguster des vins locaux après la conférence.
Engagement envers les scolaires et les agriculteurs
Avant la conférence publique, Selosse rencontrera des lycéens, adaptant son discours à leurs programmes scolaires, dont il est l'un des concepteurs. "Je parlerai notamment des microbes des sols et de leur rôle dans la fertilité", explique-t-il. Il déplore cependant le manque d'heures consacrées à l'enseignement du vivant.
En partenariat avec la Chambre d'agriculture, il rencontrera également des paysans fromagers en fin de matinée. "C'est une opportunité d'apprendre de leur expérience", confie-t-il, tout en exprimant son amour pour le Roquefort, qu'il consomme régulièrement.
Un militantisme scientifique pour un monde meilleur
Spécialiste des champignons et auteur de près de 250 articles de recherche, Selosse poursuit ses travaux au Muséum d'histoire naturelle de Paris et à l'université de Gdansk en Pologne. Il a récemment publié "De la biodiversité comme un humanisme" aux éditions du Seuil. Pour lui, "notre société n'a jamais eu autant de science et jamais autant besoin de sciences".
Il se définit comme un militant non partisan, œuvrant pour que la science inspire les décisions politiques et la vie quotidienne. "Je me bats pour faire entendre les données scientifiques, car elles offrent une bouffée d'espoir pour construire un monde meilleur", déclare-t-il, rejetant l'idée que défendre des faits scientifiques, comme s'opposer à la loi Duplomb, relève du militantisme politique. "C'est simplement faire valoir la vérité, comme affirmer que la Terre tourne autour du Soleil", conclut-il.



