Vautours dans les Pyrénées-Atlantiques : trois incidents en trois jours
Vautours : trois incidents en trois jours dans le 64

Trois incidents en trois jours

Jeudi 7 mai, à Salies-de-Béarn, une « attaque » de vautours est survenue sur un troupeau de vaches, comme révélé par le média agricole « Le Sillon ». Dimanche 10 mai, Thierry Granier, éleveur de vaches à Saint-Castin (au nord-est de Pau) déplorait trois « attaques » de vautours en trois ans sur ses vaches, ainsi que le rapporte « La République des Pyrénées ». Et ce mardi 12 mai à Ustaritz, on apprenait via les réseaux sociaux qu’une jument qui venait de mettre bas un poulain mort a également été dévorée.

Comportement prédateur ?

Contacté, l’éleveur de Blondes d’Aquitaine Benoît Mourlaàs à Salies, raconte avoir été alerté par un voisin du champ où paissent une dizaine de ses vaches gestantes : « Il m’a téléphoné pour me prévenir qu’il entendait une de mes bêtes crier, et il a vu plein de vautours autour », relate-t-il. Il file alors voir ce qui se passe. Sur place, il filme une scène impressionnante où l’on peut voir des dizaines d’oiseaux s’envoler à mesure qu’il s’approche d’eux en klaxonnant à bord d’un engin agricole. Ce qu’il rapporte ensuite est troublant : « Le temps qu’on arrive, la bête était morte, ses yeux et sa bouche avaient été percés, son arrière-train mangé, elle était toute bleue d’hématomes, etc. Et tous les vautours volaient pour faire courir les autres vaches ! »

Or, si « picorer » les parties tendres d’un animal déjà mort, ou très faible, fait partie du tableau habituel s’agissant de ces oiseaux charognards, le comportement décrit évoque plutôt une forme de prédation consistant à affoler du bétail pour causer des blessures, puis de fondre par dizaines sur la proie affaiblie. C’est le scénario que soutient Benoît Mourlaàs, marqué par ce qu’il a vu. Il évalue à une centaine le nombre de rapaces présents sur son exploitation ce jour-là, et éprouve désormais quelque crainte à laisser son troupeau à l’extérieur.

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Comme le prévoit la procédure, des techniciens de l’Office français de la biodiversité (OFB) sont venus constater le décès du bovin et l’examiner. L’éleveur conclut : « Les vautours descendent dans les plaines parce qu’ils ont faim, pense-t-il. L’État doit prendre ses responsabilités : soit les nourrir, soit les réguler. »

« Attaque, c’est un grand mot »

« Sud Ouest » a sollicité l’éclairage de Xavier Horgassan, chef du service départemental de l’OFB dans les Pyrénées-Atlantiques. Il décrit le protocole mis en œuvre dans ce genre de cas : « On établit un recueil de témoignages et signalements pour le compte du comité interdépartemental vautour piloté par le préfet des Pyrénées-Atlantiques. On collecte des éléments objectifs, en s’attachant notamment à savoir si l’intervention du nécrophage était ante ou post-mortem. » Actuellement, un peu plus de 1 500 couples de vautours fauves sont recensés dans les Pyrénées françaises – dont 1 200 dans le 64 –, et leur nombre augmente ces dernières années.

Invité à commenter l’« attaque » décrite par l’éleveur de Salies-de-Béarn, il nuance : « Attaque, c’est un grand mot. Que les vautours interviennent sur des bêtes vivantes dans certaines situations, oui. » À cet égard, il raconte : « Fin septembre, en montagne avec un collègue, j’ai observé de loin deux brebis mortes, et une agonisante qui était sur le dos. Les vautours avaient consommé les deux premières, et sept d’entre eux se sont approchés de celle qui était en mauvaise posture. »

Il reprend : « Chaque fois que l’un d’eux s’avançait vers la tête et l’arrière-train, la brebis manifestait des mouvements avec ses pattes postérieures, et le vautour s’écartait. Ça a duré vingt minutes, et à un moment donné, ce même individu – alors que les autres attendaient – a pris l’œil. Les pattes de la brebis bougeaient encore, mais plus autant : les autres vautours sont arrivés et ont consommé la brebis. On était très loin, on ne pouvait pas se déplacer, mais c’est une scène forte, dure à regarder. Donc la brebis était vivante, oui, mais très affaiblie. »

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Pas d’indemnisation

Xavier Horgassan n’entend pas pour autant créer de polémique sur le sujet : « On ne remet pas en cause le témoignage des éleveurs, tient-il à préciser. Mais parfois, cela ne met pas en relief des faits : quand on regarde une vidéo, ce qu’ils décrivent de la scène ne correspond pas à la réalité et à la biologie de l’espèce. » Lors de la « curée », c’est-à-dire lorsque ces oiseaux nécrophages se battent littéralement pour avoir accès à la carcasse, la scène revêt un caractère violent, qui peut marquer les esprits.

À noter : contrairement aux attaques par des prédateurs tels que l’ours ou le loup, lorsqu’il s’agit de vautours, cela n’ouvre pas droit à une indemnisation quand une ou plusieurs bêtes sont mortes. Concernant l’incident survenu à Salies, les éléments du témoignage ne concorderaient pas exactement avec les relevés effectués. Une chose reste incontestable : la détresse des éleveurs confrontés à ces situations.

Ante mortem : 37 %

Dans le compte rendu du « Plan national d’action vautours fauves et activités d’élevage 2016-2025 », les services du ministère de l’Écologie indiquent que « depuis 2009, le nombre de déclarations pour des incidents sur du bétail s’est stabilisé autour de 60 à 70 plaintes par an sur l’Hexagone (dont une trentaine dans les Pyrénées-Atlantiques, NDLR). »

Des campagnes de constats et d’expertises vétérinaires ont été menées. Résultat : « Parmi les 170 cas expertisés, 65 (37 %) ont fait état d’une intervention ante mortem, apprend-on. Cependant, dans 84 % de ces 65 cas, le vautour est intervenu sur des animaux condamnés ou des bêtes vulnérables en incapacité à se mouvoir – conséquence de blessures, complications post-partum ou pathologies –, dont l’état préoccupant nécessitait une intervention humaine urgente (éleveur, vétérinaire). Dans ces conditions, les vautours ont alors fait preuve d’opportunisme, et consommé l’animal encore vif. »

Hypothèses avancées : « Il est possible que des facteurs tels que la compétition intraspécifique, le stress alimentaire ou l’évolution des pratiques d’élevage (races moins rustiques, présence moindre auprès des troupeaux) puissent expliquer l’occurrence de tels phénomènes. »

En 2025, sur les 57 signalements enregistrés, 18 portaient sur des interventions ante mortem. Un nombre probablement sous-estimé cependant, dans la mesure où tous les éleveurs ne saisissent pas les services compétents lorsque des vautours sont impliqués autour de la mort d’un animal.