Quand on commence à égrainer la liste des polluants dans les sols, elle donne le tournis : cadmium, arsenic, mercure, plomb entre autres métaux lourds, pesticides, PFAS, déchets plastiques… Les sols sains, essentiels pour préserver la biodiversité et permettre une alimentation saine, existent-ils encore en France ? Alors que les députés examinaient, mardi, la proposition de loi visant à réduire les risques sanitaires liés au cadmium, 20 Minutes a tenté de faire le tour de cette vaste question.
Une pollution généralisée
Pas la peine d'y aller par quatre chemins : selon un rapport sur l'état de l'environnement en France, publié en 2025 par le ministère de la Transition écologique, « tous les milieux naturels sont touchés par la pollution, qu'il s'agisse de l'air, des sols ou des eaux ». La pollution des sols se définit par la présence d'une pollution susceptible de provoquer une nuisance ou un risque pour les personnes ou l'environnement du fait d'anciens dépôts de déchets ou d'infiltration de substances polluantes, indique le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
Des mesures limitées
« On n'est pas en capacité de mesurer tous les polluants parce que ceux qui produisent des éléments susceptibles de polluer les sols ont toujours un train d'avance sur ceux qui sont chargés d'évaluer les niveaux de contamination », précise Claudy Jolivet, spécialiste des sols et des champignons à l'Inrae et coordinateur du réseau de mesures de la qualité des sols. Les chercheurs connaissent ainsi mieux les contaminants historiques, comme les métaux lourds ou les polluants organiques persistants.
Après avoir cherché une carte qui recenserait plusieurs niveaux de pollution et permettrait de voir quelles zones sont épargnées, on est revenu bredouille. Et pour cause, cette carte n'existe pas, d'après nos interlocuteurs. Contrairement à l'air ou l'eau, les pollutions des sols sont moins bien mesurées. Il faut donc superposer différents types de pollution pour tenter de traquer les terres saines.
Le cadmium, un problème majeur
Concernant le cadmium, « il y a une pollution diffuse très forte sur les sols agricoles, précise Sabine Bonnot, présidente de Planet-Score, qui évalue les produits alimentaires selon leur impact écologique, incluant le cadmium. Les sols plus épargnés sont surtout les sols qui auraient reçu peu de ces engrais phosphatés. Les sols de prairies naturelles par exemple sont en général très peu contaminés. » Existerait-il donc un bout de campagne (à peu près) préservé ?
Cette carte se base sur les mesures des sites du réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS) et montre les zones concernées par des teneurs fortes au cadmium qu'elles soient naturelles ou liées à des activités humaines.
Pollutions industrielles
Du côté des pollutions liées aux activités industrielles, un inventaire des sites et sols pollués existe aussi sur le site du ministère de la Transition écologique. Sans surprise, ils sont concentrés dans les anciennes régions minières et les régions plus urbanisées comme en Auvergne-Rhône-Alpes, dans le Grand-Est ou les Hauts-de-France. En 2025, la France a recensé 11 234 sites et sols pollués ou potentiellement pollués.
Cette carte présente les communes françaises comptant des sites inscrits dans la base Basol mi-2018, ainsi que le nombre de sites concernés.
Pesticides et polluants émergents
La contamination des sols liée aux pesticides est en cours d'évaluation, indique Claudy Jolivet. « On cible un certain nombre de molécules parmi les plus utilisées, mais on ne peut pas tout mesurer », complète le spécialiste. Il n'existe donc pas encore de carte évaluant cette contamination, mais l'association Générations futures a élaboré un outil, Geophyto, qui permet de visualiser les achats de pesticides en France, à partir de la base de données de la banque nationale des ventes des distributeurs de produits phytosanitaires.
Cette carte présente les départements où ont été acheté le plus de pesticides en 2023 en France comprenant les herbicides, fongicides, insecticides, etc.
Vers une meilleure surveillance
Une directive européenne sur les sols a été adoptée en décembre, avec pour objectif de mieux mesurer les pollutions et d'avoir des sols sains en 2050. « On pourrait alors obtenir assez vite une carte de ce type, qui essaie de cumuler les sources de contaminants, au fur et à mesure des résultats de nos études », souligne Claudy Jolivet.
Reste que la contamination des sols aux polluants émergents comme les polys et perfluoroalkylés (PFAS) ou aux microplastiques demeure insuffisamment documentée. Dans un long travail d'enquête, Le Monde et ses partenaires du Forever Pollution Project ont élaboré en février 2023 une première carte qui permet de visualiser l'ampleur de la contamination en Europe. « La recherche en est à des stades pilotes d'évaluation, poursuit le spécialiste des sols. Aujourd'hui, on n'est pas du tout en capacité de savoir quel est l'état de pollution de l'ensemble des sols à ces contaminants émergents. »



