Scandale du chlordécone : un pesticide interdit mais toujours toxique
Scandale du chlordécone : pesticide interdit toujours toxique

Le chlordécone, un pesticide organochloré utilisé dans les bananeraies aux Antilles françaises de 1973 à 1993, est au cœur d'un scandale sanitaire sans précédent. Interdit en France depuis 1990, ce produit persistant contamine les sols, l'eau et les chaînes alimentaires pour plusieurs siècles. Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), environ 90 % de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique est imprégnée au chlordécone.

Une contamination massive et durable

Le chlordécone a été utilisé massivement pour lutter contre le charançon du bananier. Malgré son interdiction en 1990, des dérogations ont permis son utilisation jusqu'en 1993. Aujourd'hui, on estime que 20 % des sols de Guadeloupe et de Martinique sont contaminés. La molécule, très stable, ne se dégrade quasiment pas dans l'environnement. Une étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a montré que 30 % des poissons d'eau douce dépassent les seuils sanitaires.

Les impacts sanitaires

L'exposition au chlordécone est associée à un risque accru de cancer de la prostate. Une étude de l'Inserm publiée en 2018 a établi un lien entre l'exposition et une multiplication par deux du risque de cancer de la prostate. De plus, des effets sur la fertilité et le développement neurologique des enfants ont été observés. Selon le professeur Luc Multigner, épidémiologiste à l'Inserm, « le chlordécone est un perturbateur endocrinien avéré, avec des conséquences à long terme sur la santé des populations antillaises ».

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Un scandale d'État

Le scandale du chlordécone est aussi un scandale d'État. Des documents révèlent que les autorités savaient dès les années 1970 que le produit était dangereux, mais ont autorisé son utilisation pour ne pas pénaliser l'industrie bananière. En 2021, une commission d'enquête parlementaire a conclu à une « responsabilité de l'État » dans ce désastre sanitaire. Le rapport souligne que « l'administration a fait preuve de négligence et de manque de transparence ».

Les mesures actuelles

Face à l'ampleur de la contamination, des mesures ont été prises : interdiction de la pêche dans certaines zones, distribution d'eau potable, et surveillance sanitaire renforcée. Un plan chlordécone IV (2021-2027) a été lancé avec un budget de 100 millions d'euros. Toutefois, les associations de victimes jugent ces mesures insuffisantes. Selon Harry Durimel, avocat des parties civiles, « l'État doit reconnaître sa faute et indemniser les victimes de manière juste ».

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