Les lunettes connectées, comme les Ray-Ban Meta, Oakley ou Samsung, intègrent des caméras quasi invisibles dans leurs branches. Elles permettent de photographier ou filmer d'une simple pression du doigt, et d'interroger une intelligence artificielle pour identifier des objets ou obtenir des informations. Mais cette technologie, à la fois enthousiasmante et inquiétante, soulève des questions majeures de respect de la vie privée.
Une méfiance majoritaire des Français
Selon une enquête publiée en mai 2026 par la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés), réalisée par Toluna/Harris Interactive du 22 au 29 janvier 2026 sur 2.128 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, 67 % des sondés estiment que ces lunettes représentent un risque d'atteinte à la vie privée. Plus frappant encore : 9 Français sur 10 trouveraient dérangeant d'être pris en photo ou filmés avec des lunettes connectées. Ce sentiment est particulièrement marqué chez les femmes (65 %) et chez les femmes de 50 ans et plus (67 %).
Un cadre légal strict
En France, les lunettes connectées sont assimilées à des smartphones. Leur utilisation est soumise au Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) et à la loi Informatique et Libertés. Ainsi, tout utilisateur doit prévenir et obtenir le consentement explicite de toute personne qu'il souhaite filmer ou photographier, afin que la captation ne se fasse pas à son insu. La CNIL recommande également de ne pas filmer dans des lieux où les gens ne s'attendent pas à être captés, comme les vestiaires ou les toilettes.
Des interdictions déjà en place
Face aux risques, certaines institutions commencent à agir. Des piscines envisagent d'interdire ces lunettes dans leur enceinte. Dans l'État de New York, 1.240 tribunaux ont prononcé une interdiction totale des lunettes connectées. De nombreuses universités les bannissent également dans leurs centres d'examen. Sur le lieu de travail, il est aussi déconseillé de les porter en raison de questions de confidentialité. En revanche, filmer dans les lieux publics reste possible si cela reste dans un cadre strictement personnel et sans viser une personne en particulier.
Des sanctions lourdes en cas d'abus
La diffusion d'images ou de vidéos sans le consentement des personnes identifiables est passible de sanctions pour atteinte au droit à l'image. L'article 226-1 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 45.000 € d'amende le fait de porter atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui en fixant, enregistrant ou transmettant, sans consentement, l'image d'une personne dans un lieu privé. Avant d'utiliser ces lunettes, il est donc impératif de respecter la vie privée d'autrui.



