Le 16 juillet 2026, la température de l'eau du Lot à Chanac a atteint 24 degrés Celsius en surface, un record historique pour le département de la Lozère. Jamais les cours d'eau lozériens n'avaient connu de telles températures aussi précocement dans l'été. La Fédération départementale de pêche tire la sonnette d'alarme face à une situation qui met en péril l'écosystème aquatique.
Des températures létales pour la truite fario
Pour la truite fario, espèce emblématique des rivières lozériennes, la température idéale se situe en dessous de 17 degrés. Au-delà de 23 degrés, l'eau devient potentiellement mortelle. Or, des pics à plus de 23 degrés ont été recensés sur le Lot et ses affluents, le Tarn, ainsi que le Bès. Les températures nocturnes ne descendent plus sous les 20 degrés, empêchant tout refroidissement.
« 35 degrés pendant une semaine en Lozère, ce n'est pas normal. Forcément, les cours d'eau ne peuvent pas se refroidir », s'indigne Pierre Vlahovitch, président de la Fédération départementale de pêche. L'accumulation des épisodes caniculaires, notamment ceux de 2022 et 2026, perturbe la reproduction des poissons et provoque un stress physiologique chez les truites.
Pêche autorisée mais sous conditions
Malgré ces conditions extrêmes, la pêche reste autorisée en Lozère. La Fédération appelle toutefois ses licenciés à la plus grande vigilance, tant pour les poissons que pour les pêcheurs eux-mêmes. « On ne va pas dire d'emmener son enfant pêcher sous 35 degrés sans casquette et sous le soleil », ironise Christian Hugon, directeur de la Fédération.
Il est conseillé de pêcher tôt le matin ou tard le soir, lorsque les températures sont plus basses. Pour les adeptes du « no-kill » (pratique consistant à relâcher le poisson après l'avoir attrapé), il est recommandé de ne pas sortir le poisson de l'eau afin d'éviter un stress physique potentiellement mortel. L'utilisation d'une épuisette permet de contempler sa prise sans la toucher.
Un enjeu économique et sanitaire
Les retombées économiques de la pêche en Lozère sont estimées à cinq millions d'euros par an. Une interdiction aurait de lourdes conséquences sur le tourisme local. Cependant, le principal danger concerne la prolifération de cyanobactéries. L'augmentation de la température de l'eau favorise leur développement, rendant l'eau impropre à la consommation, à l'irrigation et aux activités nautiques.
Le lac du Moulinet a déjà été fermé cette saison en raison d'une mauvaise qualité de l'eau. La Fédération travaille en étroite collaboration avec les autorités locales pour suivre l'évolution de la situation. « On fait un point chaque semaine sur l'évolution de la situation. On espère ne pas avoir à placer tout le département en alerte », conclut Pierre Vlahovitch.
Les lacs, bien que présentant des températures de surface avoisinant parfois 25 degrés, restent relativement pleins. Le lac de Naussac affiche un taux de remplissage de 90 %, mais ne dispose que de 90 jours de réserve. Les nappes phréatiques, grâce aux fortes pluies hivernales, restent à un niveau élevé, ce qui relativise le risque de sécheresse en profondeur.



