À Villefranche-sur-Mer, des scientifiques simulent l'avenir de l'océan en labo
À Villefranche, des scientifiques simulent l'avenir de l'océan

Des scientifiques simulent l'avenir de l'océan en laboratoire à Villefranche-sur-Mer

Dans une salle baignée d'une lumière bleu nuit, au rez-de-chaussée du laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer (CNRS-Sorbonne Université), les chercheurs mènent des expériences cruciales pour comprendre l'impact du réchauffement climatique sur les écosystèmes marins. De grands aquariums abritent des gorgones, des coraux et des algues calcaires, soumis à des conditions contrôlées.

Frédéric Gazeau, directeur du laboratoire, explique : « En ce moment, nous simulons des pics de chaleur sur des gorgones et des algues calcaires. Nous connaissons encore très mal ces communautés mésophotiques qui vivent au-delà de 50 mètres de profondeur. »

Les gorgones se nécrosent sous l'effet de la chaleur

Dans chaque bac, alimenté en eau de mer depuis la rade de Villefranche, les scientifiques font varier le débit, la température et le pH, des paramètres pilotables à distance. « Nous observons qu'à 25 °C, les gorgones sont en très mauvais état. Si elles restent trois à quatre semaines dans une eau à cette température, situation de plus en plus fréquente, elles sont incapables de résister et meurent complètement », poursuit le scientifique.

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L'équipe étudie également les conséquences de l'acidification de l'océan sur les organismes marins qui calcifient, comme les coraux, les bivalves et les oursins. Steeve Comeau, chercheur, détaille : « Sur les gorgones, coraux et algues calcaires, nous regardons comment la modification de la chimie de l'eau change la capacité des coraux à former leurs squelettes et à grandir. » Les expériences montrent un effet important, mais variable selon les régions. « La Méditerranée est une mer peu ouverte, avec une forte évaporation et une salinité importante, ce qui la rend alcaline. L'acidification y joue un rôle moins important que dans d'autres régions océaniques. »

En revanche, le réchauffement climatique a un impact majeur. Frédéric Gazeau précise : « Nous avons montré qu'en 2050, les moules dans les lagunes méditerranéennes ne pourront plus survivre en été. Aujourd'hui, nous avons déjà 40 % de mortalité estivale, comme dans l'étang de Thau. En 2050, ce sera 100 % fin juillet, et en 2075, 100 % dès début juillet. »

Comment les herbiers séquestrent le CO2

Autre axe de recherche : comprendre comment les herbiers de posidonies et de cymodocées contribuent au stockage du dioxyde de carbone. Fin avril et début mai, les chercheurs ont prélevé des échantillons en baie des Anges. « Nous avons plongé à 8 mètres de profondeur, en face de l'hôpital Lenval à Nice, pour récupérer des cymodocées ainsi que le sédiment dans lequel elles poussent », racontent Steeve Comeau et Samir Alliouane, ingénieur d'étude.

Les cymodocées, comme les posidonies, jouent un rôle fondamental dans la séquestration du « carbone bleu ». L'expérience, menée en collaboration avec des scientifiques espagnols, vise à calculer et comparer l'assimilation de CO2 spécifique à chacun de ces deux herbiers.

Pourquoi l'océan devient plus acide

L'océan absorbe environ 25 % du dioxyde de carbone émis par l'homme, ce qui limite le réchauffement en réduisant la concentration de CO2 dans l'atmosphère et donc l'effet de serre. « Ce gaz légèrement acide, en pénétrant dans l'océan, entraîne une diminution du pH », explique Frédéric Gazeau. Aujourd'hui, l'eau de mer en surface a un pH de 8,1. « Il a diminué de 0,1 unité depuis la révolution industrielle. Cela peut paraître infime, mais pour chaque diminution d'une unité, l'acidité est multipliée par dix. »

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