Tempêtes en série : échouages massifs de macareux moines sur les côtes basques
Échouages massifs de macareux moines sur les côtes basques

Tempêtes en série : des échouages massifs de macareux moines sur les côtes basques

Depuis plusieurs jours, les tempêtes à répétition entraînent des échouages massifs de macareux moines sur les plages du littoral. Au Pays basque, des habitants se mobilisent activement pour tenter d'en sauver le plus possible, comme lundi 16 février aux Sables d'or à Anglet. À Ustaritz, le centre de soins spécialisés Hegalaldia est saturé, une scène qui rappelle presque celle des hôpitaux pendant la pandémie de 2020.

Une mobilisation citoyenne face à l'urgence

Dans les locaux du centre de soins pour animaux sauvages Hegalaldia, à Ustaritz, les macareux moines déposés quotidiennement par les habitants ont envahi tout l'espace. Bénévoles et salariés travaillent d'arrache-pied pour tenter d'en sauver un maximum. Depuis plusieurs jours, des centaines de cadavres d'oiseaux pélagiques sont retrouvés sur le littoral après les épisodes de tempête à répétition.

Face à ce funeste constat, des points de rendez-vous lancés via les réseaux sociaux par des associations et individus se multiplient du Nord au Sud des plages de la Côte basque. Sous l'impulsion de Maëlle Bidegaray et de son association de surf féminin Siska, un petit groupe de femmes s'est réuni lundi 16 février aux Sables d'or, à Anglet. Dehors, les bourrasques et la pluie fouettent les visages. Malgré le temps, la petite équipe, munie de bottes, gants et serviettes, scrute le sable à la recherche de survivants jusqu'à la plage de La Barre.

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« En tant qu'association de surf, c'est de notre responsabilité de protéger cet environnement », déclare Maëlle Bidegaray. Une deuxième session de plus de trois heures de marche s'est tenue le lendemain dans les Landes. Bilan des deux journées : seulement quatre rescapés... Chaque jour, des centaines de cadavres de macareux moines sont retrouvés sur les côtes.

Le centre Hegalaldia sous tension

Devant le portail du centre Hegalaldia, Dominique Simon, adhérente à la Ligue de protection des oiseaux, a fait le déplacement depuis Boucau pour déposer le seul macareux trouvé encore vivant. Un élan de solidarité qui touche Stéphan Maury, originaire de Bretagne et responsable animalier de l'association. Présent depuis sa création il y a vingt-cinq ans, il n'avait pas connu un tel épisode depuis 2014.

« Je n'ai jamais vu autant d'oiseaux sur les plages. On peut dire qu'on s'est pris une branlée », lance-t-il de façon crue. Pour lui, cette situation est due au phénomène de tempêtes en série. « Avec des vents importants depuis plus de quinze jours, ces animaux s'épuisent. Ils doivent alors se nourrir pour recharger les batteries, mais dans ces conditions, les poissons se retrouvent plus en profondeur. Les macareux ne pêchent pas à plus de 40 mètres, donc ils maigrissent et se retrouvent en hypothermie. »

Stéphan Maury ne se veut pourtant pas alarmiste quant à la survie de ces « piafs », comme il les appelle. « Ceux que l'on retrouve ici n'ont qu'entre un et trois ans. Les autres sont restés en Irlande ou en Écosse, principaux lieux de reproduction. » À leur arrivée, la plupart des oiseaux reçus ont perdu au moins plus d'un tiers de leur poids.

Une situation critique sur le golfe de Gascogne

Cette situation est particulièrement importante sur le littoral du golfe de Gascogne mais aussi en Espagne et au Portugal, selon Annabelle Roca, responsable à la Ligue de la protection des oiseaux en Aquitaine. « Le phénomène est visible aujourd'hui car avec la tempête, les oiseaux sont ramenés sur les côtes. Il reste pourtant très difficile d'évaluer l'évolution de cette mortalité, car beaucoup peuvent mourir en mer. »

« En revanche, ce qui m'inquiète, c'est l'arrivée d'autres espèces comme le Guillemot de Troïl après le prochain coup de vent de jeudi. On en a déjà un peu aujourd'hui mais si cela se passe, on ne va pas pouvoir gérer ce flux car on est déjà à la limite », déclare de son côté le Breton. Le centre de soins Paloume dans les Landes, par exemple, est saturé. Celui d'Hegalaldia est d'ailleurs le seul qui accueille encore de nouvelles arrivées, et des tentes d'intervention des pompiers devraient être déployées pour étendre les capacités sur le parking.

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Des moyens limités et un impact écologique

Face à cet engorgement, le responsable reste lucide. « On ne pourra pas sauver tout le monde. Si on atteint les 20 %, ça sera déjà bien. » Il faut composer avec les moyens du bord. Presque toutes les cages prévues pour les autres petits mammifères sont réquisitionnées et les oiseaux se retrouvent jusqu'à cinq dans les couveuses, contre un idéal de deux à trois.

« Beaucoup d'entre eux sont en hypothermie, donc on les place dans une pièce chauffée à 27 degrés. On les nourrit à petites doses six fois par jour, en alternant soupe et hydratants. » Une fois que ces derniers ont repris des forces, il faut les laver avant de leur donner leur premier bain, 48 heures plus tard.

Stéphan Maury n'occulte pas l'impact écologique d'une telle opération. « Par jour, on utilise plus de mille seringues et on renouvelle les serviettes quatre à cinq fois dans les cages. Mais on n'a pas d'autres solutions. Pour chaque oiseau, 50 à 80 litres d'eau sont consommés, et cela atteint 200 à 250 litres pour ceux mazoutés. » Ces lavages sont pourtant indispensables pour rendre leur plumage de nouveau étanche.

Solidarité et défis comportementaux

Malgré l'investissement des bénévoles, services civiques et salariés du centre, le responsable déplore certains comportements. « Certaines personnes qui nous appellent ne comprennent pas qu'il est impossible pour nous de venir chercher les oiseaux. On nous traite parfois de feignants, ça me fait beaucoup de mal. D'autres gardent les macareux trop longtemps chez eux, donc on les récupère morts. » Il rappelle toutefois l'aide précieuse des individus, venus apporter serviettes et autres produits. « La solidarité basque me touche. »

Pour aller plus loin, des points de rendez-vous sont quotidiennement organisés par des associations comme Siska ou le groupe Whatsapp « Sauvons les macareux - Nord PB et Sud Landes ». Il est crucial de ne récupérer que les oiseaux vivants, à l'aide d'une serviette, et de les placer dans un carton. Il ne faut surtout pas les nourrir. Contacter l'association Hegalaldia pour plus d'informations.