Un spectacle inhabituel sur les plages de la Côte d'Azur
Ces derniers jours, les plages de Menton et de Roquebrune-Cap-Martin ont été le théâtre d'un phénomène pour le moins surprenant. Des centaines, voire des milliers, de tout petits poissons se sont échoués sur le sable, créant un spectacle qui a rapidement circulé sur les réseaux sociaux et suscité de nombreuses interrogations parmi les habitants et les vacanciers.
Les hypothèses initiales et l'alerte des associations
Face à cet événement qualifié de "bizarre" par l'Association pour la sauvegarde de la nature et des sites de Roquebrune-Cap-Martin, Menton et environs (Aspona), plusieurs explications ont émergé. Certains ont évoqué une possible pollution marine, d'autres ont parlé de thons prédateurs en pleine chasse selon les pêcheurs, ou encore de rejets de pêche par des filets à mailles fines. Chacun y allait de sa propre interprétation, tandis que des plaisanciers affirmaient que "ça peut arriver en cette saison".
L'éclairage scientifique d'une experte en biologie marine
Pour démêler le vrai du faux, nous avons interrogé Clara Fricano, adjointe au secrétaire exécutif de l'accord Ramoge, l'accord intergouvernemental de coopération entre la France, l'Italie et Monaco pour la préservation du milieu marin. Son expertise apporte des informations scientifiques précieuses sur ce mystère.
"Il s'agit en réalité d'une espèce des profondeurs, son nom scientifique est Maurolicus muelleri, son nom commun, c'est le maurolique de Müller", explique la spécialiste. "Ces poissons vivent entre environ 200 mètres et plus de 1 500 mètres de profondeur ! Ils peuvent remonter en surface, jusqu'à 50 mètres la nuit pour se nourrir."
Un phénomène observé sur plusieurs sites
Si les photos les plus spectaculaires ont été prises au niveau des Sablettes à Menton, dans l'anse publique près de l'espace Handiplage et sur le reste de la baie, Clara Fricano a constaté le même phénomène du côté de Roquebrune-Cap-Martin, où elle réside. "Surtout au niveau de Carnolès et de l'angle Victoria, mais avant le Cap Martin. Certains poissons sont échoués sur le littoral, d'autres sont restés en surface sur l'eau, mais avec les vagues, ils vont revenir. Pour le moment, ce sont les oiseaux qui en profitent !"
L'explication par les courants marins et les conditions météorologiques
La scientifique précise que de tels échouages massifs existent ailleurs, notamment en Ligurie et au détroit de Messine, où des milliers de ces poissons peuvent s'échouer en fonction des forts courants qui les ramènent en surface. "Je ne suis pas océanologue ou experte en courantologie pour dire comment était le courant en eaux profondes ces derniers jours, mais il peut être influencé par de nombreux facteurs qui coïncident pour ramener ces petits poissons en surface", détaille-t-elle.
Parmi ces facteurs :
- La direction et la force des vents
- La phase lunaire
- Les saisons
- Le courant ligure particulièrement fort dans cette région
Elle rappelle qu'en fin de semaine dernière, le vent en provenance du désert du Sahara a soufflé fort dans la région, ce qui a pu influencer les conditions marines.
La piste de la remontée trop rapide des profondeurs
Une observation particulière a retenu l'attention de Clara Fricano : "J'ai remarqué que la plupart ont le ventre complètement déchiré, ce qui me laisse penser qu'ils ont subi une remontée en surface trop rapide depuis les profondeurs, faisant ainsi gonfler la vessie natatoire." Cet organe, rempli de gaz, permet normalement au poisson de gérer sa flottabilité. Une remontée trop brutale pourrait l'avoir fait gonfler de manière excessive, déchirant la partie ventrale des poissons.
La pollution définitivement écartée par les autorités
Du côté des services de la Ville de Menton, des recherches ont été diligentées pour écarter toute pollution. Les investigations ont porté sur :
- La station d'épuration
- Le chantier des Sablettes
- Les ports avec reconnaissance en mer
"C'est un phénomène qui reste donc naturel et non lié à une pollution", confirme Clara Fricano. "Car elle aurait sans doute impacté plusieurs espèces, et pas une seule comme c'est le cas ici." Elle invite également le public à la vigilance dans leurs interprétations, rappelant par exemple que "les eaux recouvertes d'une couche jaune que l'on peut parfois observer sur nos plages sont le résultat de l'afflux de pollens et ne sont pas toxiques pour les espèces marines."
Un phénomène éphémère qui profite à la faune locale
Pour l'heure, ces bandes de petits poissons ont déjà disparu de nos rivages, faisant la joie des goélands et autres oiseaux marins qui en ont profité pour se nourrir. Cet événement, bien que spectaculaire, s'inscrit dans les cycles naturels du milieu marin méditerranéen, même s'il reste relativement rare dans ce secteur précis de la Côte d'Azur.



