La finance bleue en pleine mutation : le BEFF 2026 à Monaco dresse le bilan
La deuxième édition du Blue Economy & Finance Forum (BEFF) s'est tenue les 28 et 29 mai à Monaco, réunissant acteurs financiers, scientifiques et politiques pour faire le point sur l'évolution de la finance bleue. Organisé par la Fondation Prince Albert II, le gouvernement princier et l'Institut océanographique, le forum a mis en lumière les progrès réalisés et les obstacles à surmonter pour aligner les investissements sur les enjeux océaniques.
L'économie bleue, qui englobe toutes les activités économiques liées à l'océan, génère environ 2 500 milliards de dollars par an, selon le prince Albert II. Pourtant, les capitaux dédiés à sa préservation restent marginaux. Jean-Jacques Barbéris, directeur général adjoint d'Amundi, a souligné que le marché des obligations bleues (blue bonds) ne représente qu'environ 17 milliards de dollars sur les trois à quatre dernières années, un montant dérisoire comparé à l'ampleur de l'économie bleue. Il compare cette situation à celle de la finance climat il y a dix ans : une dynamique existe, mais pas encore à l'échelle nécessaire.
Deux branches distinctes pour l'économie bleue
Le forum a permis de clarifier la définition de l'économie bleue, qui se divise en deux catégories : d'une part, les activités de développement économique liées à la mer (innovations, start-up) ; d'autre part, les projets de préservation et de restauration des écosystèmes océaniques. Les premiers relèvent de business classiques, tandis que les seconds offrent des bénéfices à long terme en réduisant les risques pour les autres secteurs.
Le défi de la structuration du marché
Une question centrale a émergé des débats : comment structurer le marché pour coordonner les initiatives ? Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d'investissement, a plaidé pour un continuum entre science, politiques publiques et finance. Il a salué le BEFF comme un lieu rare de rencontre entre ces communautés. L'éducation et la prise de conscience collective sont également cruciales : selon Jean-Jacques Barbéris, lorsque le marché perçoit un thème comme important, il s'en empare, entraînant une dynamique vertueuse. Il cite en exemple le BEFF, la conférence de Nice en 2025, les traités internationaux et l'implication politique, qui contribuent à changer la mentalité des investisseurs.
De la parole aux actes
La conclusion du forum a été marquée par un appel à l'action. Tom Hall, CEO de la Fondation UBS Optimus, a déclaré : « Il faut arrêter de parler et commencer à agir. » Robert Calcagno, directeur de l'Institut océanographique, a renchéri en interpellant Romain Ciarlet, vice-président de la Fondation Prince Albert II, sur l'utilité d'une troisième édition si les discours ne se traduisent pas en actions concrètes. Ce dernier a confirmé la nécessité de poursuivre le travail de structuration, donnant rendez-vous en 2027 pour le BEFF 3.
Le BEFF 2026 a ainsi posé les jalons d'une finance bleue plus mature, mais le chemin reste long pour qu'elle atteigne l'échelle des enjeux océaniques mondiaux.



