Mégafeux : comment ils redessinent déjà le sud de la France
Mégafeux : le sud de la France redessiné par les flammes

Les incendies de l'été 2022 dans le sud de la France ont laissé des cicatrices profondes. Selon une étude du CNRS publiée en mars 2023, les mégafeux ont brûlé 62 000 hectares, soit l'équivalent de la superficie de la ville de Marseille. Ces feux, d'une intensité inédite, ne se contentent pas de détruire la végétation : ils transforment durablement les paysages et les écosystèmes, avec des conséquences qui se feront sentir pendant des décennies.

Des paysages métamorphosés par le feu

Les scientifiques du CNRS ont cartographié les zones brûlées et analysé l'impact sur la biodiversité. Dans le Var, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes, les forêts de pins d'Alep et de chênes verts ont cédé la place à des maquis et des garrigues. « Le feu a agi comme un filtre sélectif, favorisant les espèces résistantes au feu, comme le chêne kermès, au détriment des arbres plus sensibles », explique Jean-Claude Martin, écologue au CNRS et co-auteur de l'étude.

Les mégafeux de 2022 ont également modifié la structure des sols. En brûlant la matière organique, ils ont rendu les sols plus vulnérables à l'érosion. « Dans certaines zones, le sol a perdu jusqu'à 30 % de sa capacité de rétention d'eau », précise l'étude. Cela augmente le risque de coulées de boue et de glissements de terrain lors des fortes pluies, un phénomène déjà observé dans le massif des Maures après les incendies de 2021.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un impact durable sur la biodiversité

La faune n'est pas épargnée. Les incendies ont détruit les habitats de nombreuses espèces, notamment les oiseaux nicheurs comme la fauvette pitchou et le torcol fourmilier. « Certaines populations mettront plus de dix ans à se reconstituer, si elles y parviennent », souligne Martin. Les reptiles et les insectes, moins mobiles, sont particulièrement touchés. Les scientifiques estiment que la diversité des espèces dans les zones brûlées a chuté de 40 % en moyenne.

Mais les mégafeux ne sont pas qu'une catastrophe : ils créent aussi des opportunités. « Certaines espèces pionnières, comme le ciste de Montpellier, profitent des cendres pour proliférer », note l'étude. Cependant, cette recolonisation est souvent le fait d'espèces communes, au détriment des espèces spécialisées et rares. À terme, cela pourrait homogénéiser les paysages et réduire la biodiversité régionale.

Des feux plus fréquents et plus intenses

Les scientifiques du CNRS pointent la responsabilité du changement climatique. « La sécheresse et les canicules à répétition assèchent la végétation, la rendant plus inflammable », explique Martin. Les modèles climatiques prévoient une augmentation de 30 % du nombre de jours à risque d'incendie d'ici 2050 dans le sud de la France. Les mégafeux, comme ceux de 2022, pourraient devenir la norme.

Face à cette menace, les autorités locales tentent de s'adapter. Des plans de prévention des incendies ont été renforcés, et des coupe-feux sont aménagés. Mais pour les chercheurs, il faut aller plus loin : repenser la gestion forestière en favorisant des essences moins inflammables, et mieux protéger les zones naturelles les plus sensibles. « Il est urgent d'agir, car les paysages que nous connaissons pourraient disparaître à jamais », conclut Martin.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale