Malgré la vigilance sécheresse, les douches de plage restent utilisées dans le Var. Douze communes sur vingt-six proposent encore ce service sur le littoral varois. Pourtant, mesurer leur impact local est presque impossible, non parce qu'il est nul, mais parce que l'eau ne vient pas du Var.
Une eau venue de loin
La quasi-totalité du littoral varois est alimentée via de grands transferts hydrauliques depuis la Durance et le Verdon. Deux immenses barrages, Serre-Ponçon et Sainte-Croix, stockent à eux seuls près de deux milliards de mètres cubes d'eau, acheminés ensuite par les canaux de la Société du Canal de Provence.
« Ça pose une question de solidarité avec ces territoires », souligne Karine Viciana, directrice de la Maison régionale de l'eau, basée à Barjols. Cette eau partagée irrigue les champs, fait tourner les turbines hydroélectriques et maintient le niveau des lacs autour desquels des communautés entières vivent du tourisme.
Un territoire sous pression climatique
En 2022, les retenues étaient si basses que les plages du Verdon ressemblaient à des vasières : toute une économie locale s'est effondrée en quelques semaines. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur, qualifiée de « hotspot » du changement climatique, se réchauffe 30 % plus vite que la moyenne nationale. Les printemps secs se succèdent, les réserves peinent à se reconstituer.
Le double danger pour les ressources locales
Pour les communes qui puisent encore dans leurs ressources locales, comme les nappes alluviales, les risques sont plus directs. L'été, ces eaux soutiennent les débits des petits cours d'eau varois : le Gapeau, la Reppe, le Pédégal. « Trop pomper, c'est les vider, et condamner avec elles tout l'écosystème aquatique », alerte Karine Viciana.
Pire encore : un pompage intensif près du littoral peut déclencher le phénomène du biseau salé. En aspirant trop d'eau douce, on crée un appel qui fait remonter l'eau marine dans les nappes et dans les rivières. La mer s'infiltre là où la rivière ne pousse plus assez fort pour la repousser. Les espèces d'eau douce n'y résistent pas.
Retour à la sobriété
« On nous a donné une illusion de profusion de l'eau en la faisant couler de partout, même sur nos plages, conclut Karine Viciana. Le climat nous rappelle qu'il faut retrouver notre culture méditerranéenne. » Celle d'avant les grands barrages, quand l'eau était rare et précieuse, et où personne n'aurait songé à se doucher face à la mer.



