Alors que l'on croyait les Zones à faibles émissions (ZFE) abandonnées après le vote de leur suppression à l'Assemblée nationale en mai 2025, elles restent d'actualité. Le Conseil constitutionnel a censuré cette suppression fin mai 2026, donnant tort aux députés. Plus récemment, deux députés, Sylvie Bonnet (LR) et Pierre Meurin (RN), ont déposé des amendements pour redemander la suppression des ZFE, examinés lundi en commission du développement durable à l'Assemblée, mais ils ont été rejetés.
Une opposition toujours présente
Alexandra Legendre, porte-parole de la Ligue de défense des conducteurs, dont la pétition de soutien aux amendements a recueilli 125 000 signatures, déplore ce rejet. « C'est pourtant une demande forte des usagers de la route, 60 % d'entre eux, selon un sondage Ifop de mai 2025, veulent cette suppression, tout comme de nombreux députés de tout bord politique. » Elle ajoute : « Il y a d'autres mesures plus efficaces à prendre, la ZFE n'est pas la solution, c'est une politique punitive et discriminatoire, qui pénalise des millions de conducteurs, notamment les plus modestes. »
Strasbourg défend une écologie pragmatique
À l'inverse, l'Eurométropole de Strasbourg, pionnière en la matière, voit dans le maintien des ZFE un intérêt. La nouvelle gouvernance dirigée par le PS « prône une écologie pragmatique ». Thibaud Philipps, premier vice-président (LR) de l'Eurométropole, explique : « Nous réfléchissons en ce moment même avec l'ensemble des maires sur certains paramètres d'interdiction, d'application, de calendrier, d'envisager de relancer la concertation sur la ZFE, d'un nouveau plan global de transport. Notre doctrine est celle de dire : pas de contraintes supplémentaires sans solution pour nos concitoyens. »
Maintien des aides pour changer de véhicule
L'Eurométropole voit surtout dans ce maintien « un outil » pour continuer à aider ceux qui veulent changer de véhicule pour des modèles plus propres. « Cela leur permet de bénéficier des aides qui avaient été votées à l'époque par l'Eurométropole et qui sont toujours existantes », précise Thibaud Philipps. Il détaille : « Si demain on enlève sèchement la ZFE, cela veut dire aussi que les aides vont tomber avec. Une personne qui veut changer son véhicule va se retrouver sur les dispositifs d'aides nationaux, qui sont très limités, et ne pourra pas bénéficier des primes supplémentaires qui sont octroyées par l'Eurométropole. »
Verbalisation aléatoire
Quant aux contrôles, pas de panique. « De fait, la ZFE de l'Eurométropole existe toujours dans la forme qui a été votée par la gouvernance précédente [EELV]. Mais en réalité, il n'y a pas de contrôles qui sont en vigueur puisque l'Etat, qui était censé déployer les systèmes de contrôles automatisés, ne les a pas mis en place. Et l'on ne va pas surcharger les policiers municipaux à verbaliser les défauts de vignettes Crit'Air, ils ont bien mieux à faire. Donc, d'une certaine manière, officiellement, les choses sont interdites, mais dans la réalité, je ne pense pas que grand monde se fasse contrôler sur le sujet », assure Thibaud Philipps.
La vignette Crit'Air toujours obligatoire
Concrètement, la vignette Crit'Air reste obligatoire dans les ZFE. Il arrive que dans certaines villes, comme à Lyon, on puisse être verbalisé (68 euros) si l'on circule sans vignette. Le calendrier des restrictions est conservé : les Crit'Air 3 devraient être interdites dès janvier prochain dans de nombreuses villes ZFE, comme à Strasbourg. À Lyon, leur interdiction est déjà active. « L'application de la verbalisation dépend vraiment de chaque ville, il n'y a pas d'uniformisation, c'est selon les villes, les agents de police même », précise Alexandra Legendre.
Que faire en attendant une éventuelle suppression ?
Les vignettes restent donc en vigueur jusqu'à ce qu'une loi les supprimant soit définitivement adoptée et appliquée. Il est préférable de conserver sa vignette sur le pare-brise ou d'en commander une pour 3,81 euros afin d'éviter les amendes. Ces vignettes sont également utilisées lors des épisodes de pollution pour instaurer une circulation différenciée. Enfin, certaines villes, que les ZFE soient supprimées ou non, pourraient choisir de maintenir des restrictions locales via des arrêtés municipaux.



