Occitanie, région bénie des dieux pour les énergies renouvelables
Occitanie : région bénie pour les énergies renouvelables

André Joffre, spécialiste régional des enjeux énergétiques et président du pôle de compétitivité Derbi et du cabinet conseil Tecsol à Perpignan, livre son analyse sur le développement des énergies vertes en France et en Occitanie.

Une reconnaissance mondiale des énergies renouvelables

Selon André Joffre, les énergies renouvelables sont désormais reconnues comme un enjeu d'avenir. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : elles se développent partout dans le monde. La crise du pétrole, exacerbée par la guerre du Golfe, a relancé les ventes mondiales de panneaux solaires. Il rappelle qu'il faut regarder au-delà de la France : dans le monde, plus de 80 % de l'électricité est produite à partir de pétrole. Lorsque le prix du pétrole ou du gaz augmente, les alternatives comme le solaire et l'éolien gagnent en attractivité. En mars dernier, les ventes de panneaux solaires, principalement chinois, ont bondi de 30 % à 40 %.

Un marché en croissance freiné par le nucléaire historique

Le taux de croissance des énergies renouvelables est à deux chiffres depuis plusieurs années. Cependant, en France, le contexte est particulier en raison du parc nucléaire historique construit dans les années 1980-1990, qui fournit une électricité déjà très décarbonée. Les pouvoirs publics ont tendance à limiter la progression des énergies renouvelables. L'an dernier, la France a installé plus de 6 gigawatts de solaire, une bonne année. Cette année, le développement devrait être similaire, mais pour la suite, une diminution de moitié de la production est envisagée. Cette décision repose sur l'idée que la France produit trop d'électricité. Cependant, l'arrivée de l'intelligence artificielle, qui consommera énormément d'électricité, va changer la donne. La feuille de route des énergies renouvelables devrait être revue d'ici la fin de l'année.

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Les différentes filières vertes en Occitanie

Les énergies vertes ne se limitent pas au solaire. L'éolien, notamment offshore, est en plein développement. L'Occitanie est bien placée pour l'éolien flottant, une technique innovante adaptée aux fonds marins profonds (plus de 50 mètres). Des entreprises régionales comme Qair travaillent sur ces projets. Si les expérimentations atteignent leurs objectifs, le prix de l'électricité éolienne en mer pourrait être compris entre 10 et 14 centimes le kilowattheure, soit l'équivalent du nouveau nucléaire. Cela pourrait déboucher sur un appel d'offres pour une grande ferme en Méditerranée, représentant un investissement de plusieurs milliards d'euros.

Le biogaz, produit à partir de déchets agricoles ou ménagers, est une autre piste. L'Occitanie est en retard par rapport à l'Allemagne, mais le biogaz peut être injecté dans les réseaux de gaz après épuration. L'hydrogène est également prometteur : la région est très avancée avec des fabricants d'électrolyseurs comme Genvia et des acteurs comme Qair. Bien que les prix de revient soient encore élevés, les évolutions technologiques et le faible coût de l'électricité solaire permettent de produire de l'hydrogène à moindre coût.

L'autoconsommation et le stockage

L'autoconsommation, pour les particuliers comme pour les entreprises, est encouragée. Pour les petites installations (jusqu'à 100 kW), la norme sera l'autoconsommation, avantageuse car exempte de taxes. Le stockage sur batteries est facilité par la chute des prix : en trois ans, ils ont baissé de 80 %. Les batteries modernes, performantes et équipées de modules pilotés par intelligence artificielle, permettent une gestion optimale.

L'impact de l'intelligence artificielle

L'IA va bouleverser les besoins en électricité. Les data centers dédiés à l'IA consomment énormément : une puce Nvidia consomme comme un fer à repasser, et des dizaines de milliers sont installées côte à côte. En région parisienne, des data centers en construction consommeront l'équivalent de la production d'un EPR. Le nouveau nucléaire n'arrivera pas avant 2038-2040, tandis que l'éolien, le solaire et le biogaz peuvent répondre rapidement à cette demande. André Joffre conclut : "Le nouveau solaire est deux fois moins cher que le nouveau nucléaire."

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