La menace planait depuis plusieurs semaines. Elle a été mise à exécution ce lundi 20 juillet. Les Houthis du Yémen, alliés de l'Iran, ont annoncé qu'ils imposaient un blocus naval à l'Arabie saoudite, leur voisin du nord le long de la côte de la mer Rouge. Dans leur communiqué, les forces armées houthies indiquent qu'elles décrètent « un embargo maritime contre l'ennemi saoudien criminel, fondé sur la loi du talion, applicable immédiatement ».
Selon les rebelles houthis, cette décision est une réponse à ce qu'ils qualifient de « siège injuste et oppressif » imposé aux ports et aéroports du Yémen par les Saoudiens. On ignore toutefois à ce stade comment les Houthis procéderaient à un blocus maritime de l'Arabie saoudite, ni si cela inclurait une reprise des attaques contre les navires.
Pression iranienne sur les Houthis
Téhéran a récemment fait pression sur les Houthis pour qu'ils ferment le point de passage de Bab el-Mandeb vers la mer Rouge si les États-Unis continuaient d'attaquer les infrastructures énergétiques iraniennes. Quatre jours plus tôt, rapportait Reuters, la République islamique avait ainsi demandé au mouvement houthi du Yémen de se tenir prêt à fermer la route pétrolière de la mer Rouge. Selon trois sources interrogées par l'agence de presse britannique, l'idée a été discutée parmi les dirigeants iraniens et le message a été transmis aux Houthis. Dès le 1er juin, le commandant de la Force Qods des Gardiens de la révolution, Esmaeil Qaani, avait affirmé qu'ils pouvaient bloquer la mer Rouge.
Une menace sérieuse pour les approvisionnements énergétiques
Cette annonce de la fermeture du point de passage au niveau du détroit de Bab el-Mandeb pourrait renforcer l'emprise de l'Iran sur les approvisionnements énergétiques mondiaux. Elle risque d'exacerber considérablement la crise énergétique mondiale déclenchée par la fermeture partielle du détroit d'Ormuz par l'Iran, alors que 10 % de l'offre mondiale de pétrole a été réduite en raison de la guerre au Moyen-Orient. Le détroit d'Ormuz étant déjà perturbé, la mer Rouge est devenue une voie d'acheminement alternative essentielle pour le pétrole du Golfe et d'autres produits. Une perturbation majeure entraînerait donc la fermeture simultanée des deux principales voies d'exportation de pétrole du Moyen-Orient.
La fermeture totale du détroit de Bab el-Mandeb réduirait l'approvisionnement mondial en pétrole de 7 %, dans la mesure où la majeure partie des exportations saoudiennes serait bloquée dans la région. Après le blocus partiel du détroit d'Ormuz par l'Iran à la suite de l'attaque israélienne et américaine du 28 février, l'Arabie saoudite a détourné plus de 70 % de ses exportations quotidiennes habituelles de pétrole brut vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge. Les navires en provenance de Yanbu et à destination de l'Europe empruntent le canal de Suez vers le nord, tandis que ceux à destination de l'Asie passent par le détroit de Bab el-Mandeb, au sud.
Des chiffres clés sur le trafic pétrolier
Les expéditions en provenance de Yanbu ont atteint en moyenne 4 millions de barils par jour ces dernières semaines, selon les données de Kpler et Signal Ocean, contre environ 973 000 barils par jour un an plus tôt. Le volume total de pétrole transitant par Bab el-Mandeb s'est élevé à 7,4 millions de barils par jour en juin, soit environ 7% de la production mondiale de pétrole, selon les données de Kpler, contre 4,2 millions de barils par jour l'année dernière. Cela a permis de soutenir le marché de l'énergie et de contenir les cours mondiaux du pétrole.
Un mouvement jusqu'à présent assez éloigné du conflit
Cette annonce va-t-elle impliquer directement les Houthis dans la guerre entre les États-Unis et l'Iran ? Alors que le Hezbollah et les groupes irakiens sont entrés en guerre très tôt, avec des tirs de roquettes et de drones après les premières frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, les Houthis sont quant à eux restés relativement discrets jusqu'ici.
« Nous sommes prêts à dégainer à tout moment si l'évolution de la situation le justifie », indiquait le 5 mars le chef du groupe, Abdul Malik al-Houthi. Les commandants iraniens ont averti à plusieurs reprises que les Houthis pourraient entrer en guerre. Fin mars et début avril, les rebelles ont mené plusieurs attaques de missiles et de drones contre Israël.



