Alors qu'un premier parc pilote de trois éoliennes est installé en mer au large de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, un second est en cours de finition à Port-la-Nouvelle. La mise à l'eau du deuxième des trois flotteurs, immense géant d'acier, vendredi 12 septembre 2025, a attiré la curiosité. Reportage.
Des avis partagés sur la digue
"Je suis pour ! Pour moi, les éoliennes ne gâchent pas le paysage en mer, il suffit de les repeindre en bleu ! Et puis elles se voient moins que toutes les terrestres", lance un pêcheur en pointant son doigt vers les monts des Corbières. Devant lui, l'imposant flotteur jaune d'une trentaine de mètres de hauteur et plusieurs milliers de tonnes est tracté par un minuscule bateau le long de la digue de Port-la-Nouvelle. Ce vendredi 12 septembre, le spectacle attire les badauds : la deuxième des trois éoliennes du projet Eolmed, qui n'est pas encore équipée de ses longues pales qui porteront l'ensemble à 200 m dans le ciel, ne laisse pas indifférent.
À quelques mètres, côté plage, on aperçoit clairement à l'horizon les trois éoliennes de l'autre projet EFGL, installées à 18 km au large, de la taille d'une grosse allumette vu du bord. "Il faut vraiment plisser les yeux pour les voir et selon la météo, on ne les voit quasiment pas", assure Olivier Guiraud, directeur du projet Eolmed, venu assister à l'aboutissement de dix ans de travail. Sur la digue, les avis sont néanmoins partagés sur cette révolution industrielle et marine. La question du paysage est discutée, mais pas seulement.
Les craintes des riverains
"Oui, ça gâche un peu le paysage, on les voit de la côte, ce serait mieux un peu plus éloigné. Après, au global, c'est bien l'écologie", réagit Mickaël, chauffeur routier de 52 ans, vacancier de l'Oise, en short et maillot du PSG. Canne à la main en tentant de démêler les fils, JR, pêcheur "occasionnel" de Port-la-Nouvelle, ne veut pas en entendre parler. Radical : "déjà, à terre, je les aime pas les éoliennes et y'en a trop. Alors en mer c'est pas très joli, je suis pas pour. Et pour les oiseaux migrateurs qui passent ?"
L'espoir d'une énergie verte
Mais juste à côté Mathilde, 25 ans, étudiante en droit à Paris, questionne Olivier Guiraud qui la rassure sur d'éventuels effets des ondes électromagnétiques sur les poissons. Pour elle, l'exploitation du vent constitue l'avenir : "c'est une énergie renouvelable et on en a besoin vu l'enjeu climatique. En vrai, du bord, on les voit pas tant que ça, elles se fondent dans l'horizon, on voit des silhouettes", développe-t-elle. "Il faut apprendre à regarder notre paysage différemment au profit de notre environnement. On a le choix, soit on continue à voir notre mer belle comme ça sans rien et tout le reste éclaté autour de nous, soit on supporte quelques éoliennes."
La question du coût
Mais beaucoup restent circonspects, et évoquent la question financière. Les projets auraient coûté près de 200 millions d'euros chacun. "On a beaucoup d'autres énergies, je ne sais si mettre autant de parcs éoliens c'est utile", remarque Béatrice, de Strasbourg. "On ne sait pas si c'est bien, est-ce que ce sera rentable ?, s'interrogent Sylvie et Jean-Pierre, deux retraités venus de l'Ariège à Port-la-Nouvelle. Ça coûte très cher, et les statistiques sur l'électricité, c'est à voir."
Assis sur un banc de pierre, trois autres retraités sont tout aussi dubitatifs. "Qui paye ? Le pauvre couillon" "On est venu voir le flotteur, c'est l'attraction, mais est-ce que ça va produire suffisamment d'électricité compte tenu du prix d'installation ? On a beaucoup de questions, peu de réponses", regrettent Pierrot, Sabine et Claude, originaires du Tarn. Ils s'inquiètent de la durée de vie des parcs, 20 ans : "ça va faire comme les panneaux solaires, au début c'était magnifique, après il fallait tout changer ! Le bénéfice il est où ? Qui paye ? Le pauvre couillon !".
Mais Georges, 87 ans, un peu plus loin sur la digue, le rappelle comme une évidence : "quand on allume on aime bien avoir de l'électricité, il faut bien une source d'énergie !", s'amuse cet ancien vigneron, enthousiaste et contemplatif : "quand je regarde les éoliennes, je vois le sens du vent, ça me fait plaisir."



