Clap de départ pour les premiers films réalisés avec l'intelligence artificielle ! Alors que le salon européen de l'innovation VivaTech bat son plein à Paris, le film Œdipus King of IA fait son apparition sur YouTube. Ce moyen-métrage de 65 minutes, co-réalisé avec l'IA, est l'œuvre de Stéphane Lévy, fils de Maurice Lévy, fondateur de VivaTech. 20 Minutes a visionné cette histoire mystérieuse qui, inspirée d'une tragédie grecque, met en garde contre une IA devenue incontrôlable.
L'humain a conservé la main
« Je voulais faire un film avec une indépendance totale, ce qui est un luxe absolu. Et l'IA a rendu cela possible », explique Stéphane Lévy. Deux ans de travail en marge de ses activités professionnelles (il dirige ArtMajeur, une plateforme de vente d'œuvres d'art), une solide connaissance de l'IA (il est ingénieur de formation) et un budget modeste : « ce film a coûté le prix d'une petite voiture », précise-t-il. À l'écran, chaque image, personnage, son et décor a été généré par l'IA, mais l'humain a gardé le contrôle sur le scénario, les plans et les angles de caméra.
Un fléau hors de contrôle
L'histoire se déroule à Hong Kong, où Œdipe règne sur AIonAI, un géant mondial de l'IA. D'étranges cristaux flottent dans les airs et des disparitions brutales sèment la panique. Œdipe doit faire face aux responsabilités de son entreprise, accusée d'être à l'origine de ces maux. C'est à Thèbes, jadis frappée par une peste, qu'il cherchera une solution à ce fléau.
Visuellement, le film affiche une identité forte, entre tableaux et décors de carton peint. L'IA ne parvient pas encore à créer des visages humains réalistes : les traits restent bruts, plastiques, comme gouachés. Malgré des efforts sur les pores de la peau, le casting conserve un aspect artificiel.
« J'ai fait le pari d'un film probabiliste, jouant avec la brutalité statistique de l'IA », dit Lévy, qui a créé son propre logiciel pour interroger les API génératives. Le résultat est assumé et convaincant, même si quelques incohérences subsistent entre les plans. « J'ai arrêté de regarder ce film, car à chaque visionnage, je vois des choses à refaire », confie-t-il.
Un film prophétique sur l'IA
Le récit, très bavard, s'inspire d'Œdipe Roi de Sophocle (429-425 av. J.-C.). Lévy en reprend certains dialogues. Plus de 2 450 ans après, cette œuvre sur l'aveuglement et la responsabilité humaine face au destin résonne avec l'essor de l'IA. Le nom AIonAI, trouvé par l'IA, évoque Aiôn, la divinité de l'éternité. « L'IA est une brute de calcul, une brute statistique. Ça tue, chapeau ! », lance le cinéaste. Interrogé sur ses déceptions face à l'IA, il répond : « Pour qu'il y ait déception, il faudrait de l'affect. Je n'en ai pas eu. Je l'ai fait travailler comme un âne, et elle m'a plutôt surpris. »



