Le géant industriel français Technip Energies se lance dans le recyclage textile à grande échelle
Le géant industriel français Technip Energies, spécialisé dans le pétrole et la chimie, fait un pari audacieux sur l'économie circulaire avec la création de sa filiale Reju. Cette nouvelle entité se consacre au recyclage textile à grande échelle, avec un projet phare : l'installation d'une usine à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. L'objectif est de transformer des millions de tonnes de déchets textiles en un polyester régénéré de haute qualité, répondant ainsi à une problématique environnementale majeure.
Un investissement massif pour une technologie innovante
Technip Energies prévoit d'investir plusieurs centaines de millions d'euros dans cette initiative, qui devrait générer environ 80 emplois sur le site de Lacq. Arnaud Piéton, le PDG du groupe, affirme : « Nous avons l'ambition de rendre possible une idée : refaire du textile à partir du textile. » Cette vision s'appuie sur une technologie brevetée en 2019 par IBM, actuellement testée et perfectionnée dans une usine de démonstration à Francfort, en Allemagne. Le procédé, gardé sous haute confidentialité, repose sur un système circulaire de recyclage du polyester.
Le procédé chimique de dépolymérisation et repolymérisation
Le recyclage de Reju s'appuie sur un procédé chimique sophistiqué. Il consiste en une dépolymérisation suivie d'une repolymérisation de la matière. Concrètement, les longues chaînes de polymères qui composent les fibres textiles sont cassées pour former de petites molécules, qui sont ensuite transformées en nouvelles chaînes de polymères. Alain Poincheval, le directeur opérationnel du site, explique : « La difficulté était de trouver la technologie qui pouvait valoir le coup économiquement. » Grâce à un catalyseur innovant, Reju a réussi à rendre ce procédé, existant depuis près de trente ans mais jamais développé industriellement en raison de son coût élevé, économiquement viable.
Défis et opportunités dans la collecte des déchets textiles
Pour assurer le succès de cette initiative, Reju doit relever plusieurs défis, notamment en matière d'approvisionnement. Bien que 121 millions de tonnes de déchets textiles soient générées chaque année dans le monde, seulement 15 % sont collectés via des circuits comme les dons. En France, le secteur de la collecte et du tri est majoritairement composé de structures de l'économie sociale et solidaire, souvent en difficulté. L'arrivée de Reju, prête à acheter des stocks de vêtements usagés, pourrait offrir un nouvel horizon à cette filière. Alain Poincheval note : « En Europe, le secteur est très fragmenté. Nous devons identifier des poids lourds et les accompagner. »
Avantages environnementaux et perspectives commerciales
Reju promet des bénéfices environnementaux significatifs, avec une réduction de 50 % des gaz à effet de serre sur l'ensemble du cycle de vie par rapport à la fabrication de polyester issu du pétrole brut. L'efficacité globale du procédé atteint 95 %, permettant de produire 95 nouveaux t-shirts à partir de 100 recyclés. Ces arguments séduisent déjà des marques textiles soucieuses de leur image, plusieurs grands noms s'étant engagés pour des lots de 10 à 20 tonnes de polyester recyclé. À terme, l'usine de Lacq devrait produire jusqu'à 50 000 tonnes par an, contribuant ainsi à une économie plus circulaire et durable.



