En relançant les Zones à faibles émissions (ZFE), le Conseil constitutionnel a ravivé un débat explosif à Montpellier. Entre la colère du maire de Saint-Brès Laurent Jaoul, figure des opposants, et la position plus nuancée de la Métropole, le sujet reste hautement inflammable politiquement et socialement.
La décision du Conseil constitutionnel
Le couperet du Conseil constitutionnel est tombé jeudi 21 mai dans la soirée. En censurant la suppression des ZFE votée par les parlementaires, les Sages ont relancé un débat explosif dans tout le pays, mais qui fut particulièrement vif à Montpellier. La ZFE est un dispositif national destiné à limiter la circulation des véhicules les plus polluants afin d’améliorer la qualité de l’air. L’accès à ces zones dépend de la vignette Crit’Air du véhicule. À Montpellier, la ZFE devait concerner 11 communes : Montpellier, Castelnau-le-Lez, Clapiers, Grabels, Jacou, Juvignac, Lattes, Le Crès, Pérols, Saint-Jean-de-Védas et Villeneuve-lès-Maguelone, avant une extension initialement prévue pour juillet 2026 à l’ensemble des 31 communes de la Métropole.
La réaction de Laurent Jaoul
La décision a immédiatement ravivé les tensions entre défenseurs de la santé publique et opposants à une mesure jugée injuste socialement. Le premier à avoir réagi n’est autre que le maire de Saint-Brès, Laurent Jaoul, qui avait "pressenti" cette décision. Dans un message publié avant la décision du Conseil constitutionnel, l’élu dénonçait des ZFE qui "condamnent les classes moyennes et populaires à rester chez elles" et accusait "neuf Sages non élus" de vouloir "interdire aux Français de circuler librement". Figure de la contestation locale, il a accompagné l’écrivain Alexandre Jardin dans le collectif des "Gueux" et promet désormais de porter le combat jusqu’à la suppression des ZFE : "J’irai dans les rues, dans les médias et devant les institutions".
La position de la Métropole
Pour défendre sa position, Laurent Jaoul avait porté le fer au sein de la Métropole de Montpellier, concernée par la mise en place de cette loi excluant les véhicules les plus polluants de la circulation. Il s’était notamment opposé à la vice-présidente aux mobilités Julie Frêche, dont la position apparaît aujourd’hui beaucoup plus nuancée. Face à cette offensive, la Métropole de Montpellier adopte désormais une ligne plus prudente. "La ZFE n’a jamais été centrale dans notre politique mobilité", affirme Julie Frêche, en insistant avant tout sur le développement "des alternatives à la voiture. C’est notre leitmotiv". Sans remettre en cause l’objectif de lutte contre la pollution de l’air, qu’elle qualifie de "véritable fléau en termes de santé publique", l’élue critique toutefois le manque d’accompagnement de l’État et l’absence de lisibilité nationale. Selon elle, les règles ont été appliquées de manière trop différente selon les territoires, alimentant "l’incompréhension des habitants".
Un apaisement relatif
Il ne devrait donc pas y avoir de nouvelles passes d’armes cette fois, d’autant que Laurent Jaoul affirme avoir reçu, juste après sa réélection à la mairie de Saint-Brès, un signal d’apaisement du président de la Métropole de Montpellier, Michaël Delafosse. "Quand il a fait la tournée des mairies de la Métropole, il est venu me voir. Il m’a clairement signifié : “Les ZFE, je ne veux plus entendre parler. C’est bon, on a donné”", assure le maire de Saint-Brès. Reste qu’en dépit d’un climat désormais plus apaisé autour du sujet dans la métropole montpelliéraine, la décision du Conseil constitutionnel replace les collectivités face à leurs obligations. Sauf évolution législative ou nouvelle initiative parlementaire, les ZFE demeurent inscrites dans la loi : "Tous les territoires de plus de 150 000 habitants sont concernés, convient Julie Frêche. C’est une obligation de l’État. Donc moi, j’attends que l’État clarifie les choses, précise les mesures d’accompagnement. Et on verra de quelle manière les territoires urbains mettent en place ça." Un retour du dossier que beaucoup d’élus locaux abordent désormais avec prudence, conscients du caractère hautement inflammable du sujet auprès d’une partie de la population.
Les projets de l'avocat des "Gueux"
Avocat parisien spécialisé en droit public de l’environnement, William Azan est devenu l’un des principaux soutiens juridiques du collectif "Les Gueux". Très engagé contre les ZFE qui porteraient atteinte à plusieurs principes constitutionnels, notamment la liberté d’aller et venir, l’avocat envisage tous les recours possibles contre les ZFE "et éviter un retour des gilets jaunes", dit-il. William Azan souhaite désormais porter le combat sur le terrain institutionnel. Il travaille avec le collectif à la mise en place d’un référendum d’initiative partagée (RIP) visant à obtenir l’abrogation des ZFE au niveau national. Une procédure complexe qui nécessite le soutien d’au moins 185 parlementaires avant une collecte de signatures citoyennes. Le texte est presque prêt et, d’ici là, il compte multiplier les recours juridiques contre certaines collectivités mettant en œuvre les restrictions de circulation. Une autre grosse annonce est prévue très prochainement.



