Canicule : près d’un logement sur deux est une « bouilloire thermique »
Près d’un logement sur deux est une « bouilloire thermique »

Alors que la France traverse une nouvelle canicule, de nombreuses façades manquent cruellement de protections solaires. Une étude publiée par le bureau d’études Pouget Consultants et le groupement Ignes, portant sur près de 9 millions de DPE, révèle que près d’un logement sur deux en France est considéré comme une véritable « bouilloire thermique ». La raison de cette surchauffe est quasi exclusive : le manque de protections solaires extérieures. Selon l’étude, 43 % des logements sont insuffisamment dotés en volets ou stores extérieurs dans le pays, un taux qui grimpe même à 50 % pour les maisons.

Une absence historique de volets dans le Nord

Historiquement, le volet est très présent dans le Sud, pour barricader les logements contre le soleil, à l’instar des pays méditerranéens. Et pour cause, « deux mètres carrés de vitrage, c’est l’équivalent d’1 kW de chauffage allumé en permanence dans le logement. Ce n’est pas anecdotique », explique à 20 Minutes Philippe Blin, du réseau Monsieur Store et membre du Groupement Actibaie. À l’inverse, le Nord et les grandes métropoles ont été bâtis pour capter la lumière et résister au froid, oubliant complètement le confort d’été. Sauf qu’avec le dérèglement climatique, cette organisation géographique ne tient plus.

En ville, la double peine des copropriétés et de l’urbanisme

Alexis Damia, responsable des affaires publiques chez Somfy, entreprise pionnière dans le domaine de la maison connectée, confirme cette fracture : « Je viens de Narbonne et j’ai grandi avec des volets que l’on laissait fermés pendant la journée. Mais ce n’est pas forcément le cas en région parisienne, ni en Bretagne ou encore à Lille. C’est une mentalité qui devra obligatoirement changer. » Selon les projections du professionnel, le chantier de rattrapage est colossal. Ses équipes estiment le parc français à environ 380 millions de fenêtres. Sur ce total, seules 140 à 150 millions sont aujourd’hui protégées.

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Malgré la réalité de l’urgence, pour les citadins bien décidés à s’équiper, le parcours se transforme vite en parcours du combattant. Et pour cause. En ville, l’absence de volets est verrouillée par une double barrière : celle, privée, des règlements de copropriété qui imposent l’accord pointilleux des assemblées générales et celle, publique, de l’urbanisme. Dès qu’une demande est déposée dans des centres-villes comme Paris, Lyon, Bordeaux ou Marseille, obtenir le feu vert d’un Architecte des Bâtiments de France (ABF) relève parfois de la loterie.

« Une prime à le faire sans autorisation »

Philippe Blin constate cette lourdeur administrative au quotidien. L’installateur se retrouve face à un aléa permanent : « Il y a des choses qui vont être acceptées, parfois refusées, parfois refusées puis acceptées. De notre point de vue, ce n’est pas toujours très lisible. » Le professionnel cite l’exemple d’une résidence neuve à Vincennes où l’installation de stores pour protéger des baies vitrées a d’abord été rejetée par l’architecte des bâtiments de France, avant d’être finalement validée un an plus tard. « L’idée n’était pas de mettre du rose fluo ni des trucs complètement abracadabrantesques », regrette-t-il, soulignant que les clients ont perdu un an pour arriver au même résultat. Une lourdeur qui finit par créer, selon lui, « presque une prime à le faire sans autorisation dans l’esprit des gens ».

« Les avis défavorables concernent les dispositifs inadaptés, pas le principe des volets »

Cette problématique des règles administratives dépasse pourtant largement les métropoles. « On a aujourd’hui un logement sur trois qui est impacté par un avis conforme (ou non) des Architectes des Bâtiments de France », précise Alexis Damia. Une contrainte liée aux zones dites de « covisibilité » qui s’applique dès que l’on peut apercevoir un bâtiment historique à plus d’un kilomètre. Résultat : cela touche 22 % des zones urbaines mais aussi 21 % des zones rurales.

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Du côté des Architectes des Bâtiments de France, on se défend de tout blocage dogmatique en rappelant que les règles visent la cohérence urbaine. L’institution précise à 20 Minutes que « les avis défavorables concernent des dispositifs inadaptés, pas le principe des volets ». Le principal point de friction implique souvent des projets de volets roulants en aluminium sur des immeubles traditionnels, lorsque les coffres extérieurs détruisent l’harmonie des façades.

Pour les ABF, le changement climatique doit plutôt pousser à redécouvrir les qualités de l’architecture traditionnelle (inertie, ventilation naturelle, persiennes), affirmant que « la réhabilitation du patrimoine constitue elle-même une réponse à l’adaptation au changement climatique ».

Le système D face à la canicule

En attendant une souplesse administrative ou un accord de copropriété, les Français se tournent massivement vers le système D. Selon le baromètre Verian-Somfy publié le 10 juin, 17,5 % des Français utilisent régulièrement des couvertures de survie sur leurs fenêtres pour occulter le soleil. Philippe Blin propose d’ailleurs à tous les oubliés des volets quelques astuces pour limiter la casse : « Quelle que soit la technique utilisée, tant que c’est entre le soleil et le vitrage, vous coupez le rayonnement et la chauffe. Si vous le faites à l’intérieur, il est déjà trop tard. Tous ceux qui peuvent mettent un drap, une couverture de survie, peu importe si c’est ridicule, cela va marcher. »

Et pour ceux qui n’ont vraiment pas d’accès extérieur, comme en étage élevé ou sous une verrière, la seule solution reste d’installer une protection de couleur blanche à l’intérieur de la pièce afin de réfléchir un maximum d’énergie vers la rue.