Des vidéos racistes et islamophobes, dépeignant la montagne comme un lieu réservé aux Blancs, ont provoqué une réponse massive sur les réseaux sociaux : la tendance « On est là ». Des randonneurs noirs, arabes ou musulmans y partagent des images d’eux en train de gravir des sommets, de bivouaquer ou de profiter des paysages, cumulant des millions de vues. La vidéo de l’influenceuse mns_emma, qui montre des jeunes s’amusant en montagne, a notamment atteint 850 000 vues sur Instagram.
Des propos haineux en début d’été
Tout a commencé au début de l’été, lorsque des internautes ont publié des vidéos racistes ou islamophobes, présentant la montagne comme un endroit « sans personnes racisées ou musulmanes ». On pouvait y lire des messages tels que : « L’un des rares endroits en France sans “whallah, wesh, mashallah” où tu peux encore être en sécurité », « Tu ne verras pas de femmes voilées », ou encore « Restez dans vos quartiers islamisés ».
Ces propos, largement partagés sur TikTok et Instagram, ont suscité l’indignation. Selon l’association allemande Opening Up The Outdoors, 65 % des personnes racisées auraient déjà subi du racisme en montagne. Un adepte des sports de montagne interrogé par Reporterre raconte : « On me demande souvent si j’ai de quoi mettre mes déchets, comme si le respect du lieu n’allait pas de soi pour moi. »
La tendance « On est là » comme riposte
Pour répondre à ces discours, les personnes concernées ont créé la tendance « On est là ». Le principe est simple : s’exposer en montagne, se montrer en train de randonner, de bivouaquer, de profiter des sommets, comme tout le monde a le droit de le faire. Des images de personnes noires en bivouac, de femmes voilées randonnant dans les plus beaux paysages de France ont ainsi essaimé sur les réseaux sociaux.
En commentaire, les internautes se réjouissent de cette réponse : « J’a-do-re ! Reprenez le narratif mes petits ! La France mérite mieux que ces vieux discours racistes ! » La tendance a également été saluée pour son humour et son absence de haine, loin des attaques subies.
Un racisme structurel dans l’accès à la nature
Auprès de Reporterre, des randonneurs racisés déplorent un climat de suspicion qui pèse sur eux en montagne. Les personnes noires, arabes ou musulmanes y seraient perçues comme « mal éduquées » aux us et coutumes de la montagne. Ce phénomène n’est pas propre à la France : selon Opening Up The Outdoors, on observe la même chose en Allemagne ou au Royaume-Uni.
Interrogé par Al Jazeera Français, un expert explique : « Pour des personnes qui font une lecture nationaliste de l’attachement à la terre et aux paysages français, tout le monde n’est pas autorisé à jouir de la beauté des paysages. Cette perception est raciste, on instaure une sorte de préférence nationale à l’accès au territoire, à la terre et à ses joies, et donc ça serait un privilège réservé aux Blancs. »
Face à cette hostilité, les randonneurs racisés ont choisi la réponse humoristique, transformant la haine en un mouvement positif et fédérateur. La tendance « On est là » rappelle que le civisme et le respect de la nature ne sont pas l’apanage d’une seule communauté.



