Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président du think tank The Shift Project, a dévoilé le 27 août 2026 un projet de « commun accord » visant à réinstaller l’enjeu climatique au cœur de la campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Ce document, présenté comme une base de discussion transpartisane, propose des mesures concrètes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France, sans pour autant se présenter comme un programme électoral.
Un appel à la responsabilité des candidats
Dans une interview accordée au Monde, Jean-Marc Jancovici a expliqué que ce projet est né d’un constat : « Le climat est le parent pauvre de la campagne, alors que c’est le sujet qui va déterminer l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. » Il appelle les candidats à s’engager sur des objectifs chiffrés et datés, notamment la réduction de 55 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990, conformément aux engagements européens.
Le « commun accord » ne se veut pas un programme complet, mais un socle commun de mesures acceptables par différents partis, de la droite à la gauche, en passant par les écologistes. Il comprend des propositions sur la rénovation énergétique des bâtiments, le développement des transports en commun et du ferroviaire, la sortie progressive des énergies fossiles, et une refonte de la fiscalité carbone.
Des propositions concrètes et chiffrées
Parmi les mesures phares, le projet prévoit un plan de rénovation thermique de 700 000 logements par an, la création d’un « bouclier énergétique » pour les ménages modestes, et l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur thermique d’ici 2035. Il propose également de tripler la production d’énergie solaire et de doubler celle de l’éolien terrestre d’ici 2030.
Le document insiste sur la nécessité de « sortir de l’hypocrisie » qui consiste à afficher des ambitions climatiques sans moyens financiers à la hauteur. Il chiffre le coût de la transition à environ 50 milliards d’euros par an, soit environ 2 % du PIB, et propose des pistes de financement, notamment une réorientation des aides publiques aux énergies fossiles.
Un accueil mitigé dans la classe politique
Le projet a déjà reçu des réactions contrastées. Certains élus de la majorité présidentielle y voient « une base de travail intéressante », tandis que des représentants de la droite estiment que les mesures proposées sont « trop coûteuses et contraignantes ». Les écologistes, de leur côté, saluent une initiative « allant dans le bon sens », mais regrettent un manque d’ambition sur la sortie du nucléaire.
Jean-Marc Jancovici, connu pour son franc-parler, a répondu à ces critiques : « On ne peut pas à la fois se dire pour le climat et refuser de toucher à nos modes de vie. Le commun accord n’est pas une baguette magique, c’est une feuille de route pour l’action. » Il a précisé que le texte sera soumis aux candidats déclarés et à ceux qui pourraient se déclarer, avec l’espoir d’un débat public éclairé.
Un calendrier serré avant la présidentielle
À moins de dix mois du premier tour de l’élection présidentielle, prévu en avril 2027, le calendrier est serré. Le commun accord sera présenté lors d’une conférence de presse le 15 septembre prochain, puis fera l’objet d’une tournée dans plusieurs grandes villes de France pour recueillir les réactions des citoyens. L’objectif est de faire du climat un sujet central des débats, aux côtés des questions de pouvoir d’achat et de sécurité.
Cette initiative s’inscrit dans une série de prises de position de Jean-Marc Jancovici, qui n’exclut pas une candidature personnelle, tout en affirmant que « l’important n’est pas qui porte le message, mais que le message soit entendu ». Le projet de commun accord sera disponible en ligne dès le 28 août, et les citoyens sont invités à le signer pour montrer leur soutien.
En définitive, ce commun accord pourrait bien devenir un outil de pression sur les candidats, les obligeant à se positionner clairement sur des mesures concrètes. Reste à savoir si les partis politiques accepteront de s’en emparer, ou s’il restera lettre morte, comme d’autres appels lancés par la société civile. Mais pour Jean-Marc Jancovici, l’essentiel est ailleurs : « Le climat n’est pas une option, c’est une contrainte. Et plus on attend, plus la facture sera lourde. »



