Franz-Olivier Giesbert, un souverainiste intransigeant face à la dette française
Franz-Olivier Giesbert se définit comme un souverainiste, et selon la définition de Philippe Séguin, il en est l'un des plus intransigeants. « Résorber la dette, réduire les dépenses inutiles, et il y en a, assainir les finances, c’est d’abord une affaire de souveraineté ! » répétait Séguin, cherchant à dissiper les illusions socialisantes. À cette aune, que penser des souverainistes de façade, prompts à parler d'indépendance nationale, mais peu gênés par la dépendance de la France envers ses créanciers étrangers ?
La colère de Giesbert dans son livre sur la France communiste
Notre propos s'inspire de La France est-elle un pays communiste ? de Franz-Olivier Giesbert. Sa prose est frontale, ironique, nostalgique, précise et érudite. Mais au terme de l'ouvrage, c'est surtout la colère de l'auteur qui marque. Une colère intime, peut-être celle d'un père inquiet pour les générations futures, plus que celle d'un observateur habitué aux grandeurs et misères françaises.
« J’ai écrit ce livre pour essayer de nous réveiller, nous autres Français », écrit Giesbert, s'adressant à ceux qui préfèrent l'assoupissement à la réalité des finances publiques. Il décrit un pays où l'acceptation du désordre économique est devenue un trait anthropologique, dénonçant « le bourrage de crâne dès la petite enfance contre le capitalisme ». Il critique les idéologues qui font croire aux Français qu'ils vivent dans un enfer ultralibéral, alors qu'ils sont enfermés dans ce que les communistes appelaient un « paradis socialiste ». D'où la formule attribuée à Mikhaïl Gorbatchev : « La France est le seul pays où le communisme a réussi. »
L'État dévoyé et la folie des dépenses publiques
Animé par ce « communisme mou », l'État a été détourné de sa mission première : assurer un équilibre entre production de richesse et redistribution. Efficace sous le général de Gaulle, il s'est ensuite mis au service d'une politique folle, partagée à droite et à gauche, réglant les problèmes structurels par l'argent public. « Sous l’impulsion du général de Gaulle, entre 1958 et 1969, l’État a soudain ressuscité et repris confiance en son destin, relève Giesbert. C’est ce qu’on a appelé, à l’étranger, le “miracle français”. Depuis, il s’est mis en pause, puis sous perfusion en s’endettant et en se collectivisant toujours plus. »
Mélenchon : entre Terreur et révolution iranienne
Giesbert, historien du présent et du passé proche, se souvient d'un Jean-Luc Mélenchon déjà marxiste mais républicain, tempéré par un surmoi moral. Bien qu'il conserve une tendresse pour leurs anciennes complicités, il dresse le portrait d'un chef politique sans limite, dangereux car susceptible de l'emporter en 2027. Mélenchon serait la rencontre de 1793 et de 1979, de la Terreur et de la révolution iranienne. Giesbert va jusqu'à voir en lui l'inventeur d'un « islamo-communisme ».
Le diagnostic clinique de Valéry Giscard d'Estaing
On pourrait désespérer de la nature de nos politiques si Giesbert ne nous conduisait dans l'hôtel particulier de Valéry Giscard d'Estaing. L'ancien président portait un regard clinique sur le corps social français. « On n’en sortira pas sans drame. Car ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas seulement un effondrement économique, conséquence de la désindustrialisation. C’est aussi un affaissement psychologique général. L’effort du pays n’est plus porté que par une minorité de Français maltraités, surtaxés, traités comme des parias. »
Après une déglutition, Giscard d'Estaing poursuit : « Nous arrivons au point de rupture. En dictature, ça peut tenir longtemps. En démocratie, non. Ceux qui profitent de ce communisme qui ne dit pas son nom sont en position de force et en veulent toujours plus. Ils ont le vrai pouvoir, tous les gouvernements ont peur d’eux. »
Les chiffres parlants de la fonction publique et des allocations
Les chiffres rappelés par Giesbert sont éloquents. « La fonction publique comptait, en 2023, 5 804 000 salariés, soit 1 116 000 de plus qu’en 1997, une augmentation de près d’un quart. » Une partie de ces agents produit des normes affectant la vie des travailleurs. De même, le système d'allocations sociales ne favorise pas toujours le retour à l'emploi et peut encourager certains à s'en détourner.
Pour illustrer cela, Giesbert donne la parole à son ami Alex Bacha, restaurateur kabyle de 47 ans. « J’ai quitté mon pays parce que je voulais travailler. Et me voilà aujourd’hui dans un pays qui m’interdit de travailler. Le grand problème de la France, c’est que la plupart des salariés du privé ne craignent pas de perdre leur boulot. Beaucoup de mes salariés rêvent d'une rupture conventionnelle pour toucher le chômage. »
La gauche intellectuelle et l'effondrement idéologique
Dans ce choc culturel, Giesbert se place sous l'autorité de l'intellectuel antistalinien Arthur Koestler, contre les complaisants Sartre et Beauvoir. Ayant visité l'URSS en 1973, il a vu les ravages de l'économie administrée et du mensonge systémique.
Son livre est une fresque de l'effondrement idéologique de la gauche, de Jean Jaurès, qui passerait aujourd'hui pour un réac d'extrême droite, à Gabriel Zucman et Thomas Piketty, qualifiés de « Laurel et Hardy (mais en moins drôles) de l’économie ». « En matière de contrevérités, ces deux illusionnistes sont depuis longtemps passés professionnels. La vérité, c’est ce qui les arrange », écrit Giesbert.
À mesure que la gauche intellectuelle s'enfermait dans l'idéologie, la valeur travail s'est dépréciée. Il faudrait appauvrir les riches pour créer de l'emploi, un raisonnement absurde mais présenté comme sérieux grâce à des concepts bancals et un jargon pompeux.
Un sursaut possible grâce à la jeunesse
Cependant, Giesbert n'est pas de ceux qui se résignent. « Je n’arrive pas à accepter l’idée qu’avec tous ses atouts la France soit ce bateau qui coule dont le capitaine brindezingue fait des selfies. » Il croit possible un sursaut, fondé sur le réveil du sentiment national et un patriotisme européen. Il termine sur une note d'espoir pour la jeunesse : « Si la jeunesse actuelle a parfois la réputation d’être indolente, elle n’a pas la tête pleine d’idéologies mortifères. Elle me semble plus mûre, pragmatique et moins dupe. Elle court le monde et peut comparer. »



