La France traverse sa troisième canicule de l'année, avec 24 départements en vigilance rouge et 59 en orange ce week-end. Cet épisode de chaleurs extrêmes devrait durer au moins jusqu'au 14 juillet, tandis que les incendies de végétation se multiplient en raison de la sécheresse. De nombreuses préfectures ont pris des arrêtés interdisant les feux d'artifice prévus pour la Fête nationale, accélérant une tendance amorcée ces dernières années : le recours aux spectacles de drones lumineux.
Des collectivités réservent déjà des drones pour 2027
« Depuis deux jours, j'ai une dizaine de communes qui m'ont appelé pour savoir si elles pouvaient remplacer leur feu d'artifice par des drones », indique Bruno Marlois, dirigeant de Mazing et Magic Drone, l'une des premières sociétés françaises spécialisées. Malgré l'afflux de demandes, un spectacle de drones « ne s'improvise pas du jour au lendemain ». Au-delà des contraintes administratives (autorisations préfectorales, périmètres de sécurité), « un show, ça se prépare », souligne-t-il. « 99 % de nos shows sont sur mesure, ce qui représente une semaine de travail. En appelant 48 heures avant, c'est compliqué de trouver une solution. »
La majorité des communes reportent leur feu d'artifice, mais d'autres anticipent. « Pour beaucoup, c'est la deuxième année consécutive où le feu est annulé à cause des chaleurs et de la sécheresse », confie Bruno Marlois. Pour éviter de « se retrouver le bec dans l'eau » l'année prochaine, certaines collectivités ont déjà posé des options pour un spectacle de drones le 14 juillet 2027.
Les drones : une alternative artistique et écologique
Pour Bruno Marlois, l'option « tout drone » séduit pour plusieurs raisons. « On fait du figuratif, c'est-à-dire quelque chose que ne peuvent pas faire les feux d'artifice, contraints par des effets préétablis. On peut écrire avec minutie dans le ciel, et le ciel devient une toile géante. » En cinq ans, son entreprise est passée de 200 à 2 000 drones pour une centaine de spectacles par an dans quinze pays, et produit même des shows de 70 minutes.
Les spectacles pyrotechniques posent aussi des problèmes environnementaux : déchets, bruit, perturbation de la faune. En 2022, la ville de Tours a suspendu ses feux d'artifice car les tirs perturbaient gravement les sternes, des oiseaux migrateurs protégés nichant sur la Loire. Associée à La Riche, la municipalité a opté pour un spectacle de drones confié à la société Allumee. « Succès retentissant » dès la première année, la jauge est passée de 15 000 à 25 000 spectateurs en 2023. Les 400 drones ont proposé « des formes patriotiques » pour la Fête nationale. Cette année encore, un spectacle de plusieurs centaines de drones illuminera le ciel tourangeau.
Des limites budgétaires et techniques
Les shows de drones remplaceront-ils les feux d'artifice ? « Je ne pense pas », assure Bruno Marlois. « On n'est que quelques sociétés en France. Toutes réunies, elles ne pourraient assurer qu'une trentaine de shows les 13 et 14 juillet, alors qu'il y a des dizaines de milliers de communes. » Le budget est un autre frein : « Les petites collectivités qui mettent 3 000 euros pour un feu, c'est super. Mais un spectacle de drones, c'est minimum 10 000 à 15 000 euros. »
Bruno Marlois ajoute que la détonation des fusées peut être un avantage : « Un très beau final, ça reste en mémoire. Les amoureux de l'artifice resteront des convaincus. » Mais il insiste : « Lorsqu'on est proposé pour le 13 ou 14 juillet, on ne remplace pas un feu, on crée un show. »
Le spectacle hybride, avenir des festivités
L'avenir pourrait être « l'hybride », mêlant pyrotechnie et drones. À Paris, le grand feu de la tour Eiffel, avancé au 13 juillet pour respecter la commémoration de l'attentat de Nice, mobilisera 1 600 drones (contre 1 000 l'an dernier) aux côtés de douze tableaux pyrotechniques. À Toulon, un spectacle mêlera fusées et 600 drones le 14 au soir.
Ce choix est né d'un constat : après un premier spectacle de drones pour les JO 2024, la ville avait tenté un 14-Juillet 100 % drones l'an dernier. « Il y a eu un petit peu de déception, la magie du feu n'était pas là », reconnaît Pascale Robert, adjointe à la maire déléguée aux événements. « Cette année, on a voulu mixer les deux, parce qu'on trouve que les drones vont vers une tendance de l'évolution du spectacle, et en même temps, on est attaché aux traditions. » Le feu de Toulon est tiré d'une barge en mer, réduisant les risques d'incendie.
L'élue précise : « L'idée, ce n'est pas de remplacer le feu d'artifice, mais de l'enrichir d'une nouvelle dimension artistique, tout en respectant les codes imposés au niveau sécurité, écologie, etc. À Toulon, nous ne choisissons pas entre la tradition et l'innovation, nous faisons le choix de les réunir pour offrir un spectacle encore plus grandiose. »
Magic Drone a déjà signé des shows hybrides à Marseille pour les fêtes de fin d'année. Pour Bruno Marlois, l'avenir est « la récurrence » du modèle : « Au lieu d'un feu d'artifice pour inaugurer quelque chose, il y aura peut-être un show de drones tous les soirs à 19 heures pendant une semaine. » Ainsi, le spectacle de drones ne remplace pas la tradition, mais devient « un vrai rendez-vous pour les amateurs de cette prouesse technique ».



