Euthanasie en Belgique : un bilan après 24 ans de pratique
Euthanasie en Belgique : un bilan après 24 ans

Vingt-quatre ans après la loi de 2002 autorisant l'euthanasie, la Belgique affiche un bilan marqué par une pratique stabilisée et une libéralisation de la parole. Le professeur François Damas, médecin et ancien chef du service des soins intensifs de l'hôpital de Liège, livre son analyse dans le contexte du vote récent de la loi française sur l'aide à mourir.

Une pratique ancrée mais encadrée

En Belgique, l'euthanasie représente 4,5 % des décès, soit environ 4 500 cas par an. Cette pratique s'inscrit dans un cadre légal qui inclut les souffrances psychiques et, à certaines conditions, les mineurs. Selon le professeur Damas, « autoriser à pouvoir envisager une discussion, c'est libérer la parole du malade et l'écoute du médecin ».

Une vaste étude belge portant sur 33 580 cas entre 2002 et 2023 confirme la maturité du système. Si les cas ont augmenté, un tiers de la hausse découle directement du vieillissement de la population, avec une croissance stabilisée depuis 2015. Les données montrent que 84,7 % des patients ont plus de 60 ans et 65,1 % souffrent d'un cancer. Les demandes pour troubles psychiatriques (1,27 %) ou démence (0,92 %) restent rares et stables. La pratique s'est harmonisée entre la Flandre et la Wallonie, se déroulant surtout à domicile (46,8 %) ou à l'hôpital (35,9 %).

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Un renversement de paradigme

Loin d'éclipser les soins palliatifs, la loi les stimule, selon le professeur Damas. Il souligne un renversement de paradigme : « C'est le malade qui décide, et le médecin qui consent. Cette loi a donné du pouvoir au malade. » L'option rassure, observe-t-il, et libère la parole : « On accompagne jusqu'au bout sans rien cacher à personne, avec la famille qui travaille également à ce que la fin de vie soit la meilleure possible. »

Humaniser l'accompagnement

Le professeur Damas constate un changement d'attitude vis-à-vis de la mort dans toute la société : « Une euthanasie ne concerne pas seulement le malade et son médecin, elle concerne toute la famille et toute l'équipe soignante. » Dans son ouvrage Ritualiser la mort (Éd. Michalon), il insiste sur l'importance des rites d'adieu : « Ce qui est important, c'est de construire un dernier parcours de vie avec son patient et sa famille, pour que ça ait du sens encore pour lui et pour elle. »

Pour améliorer l'accompagnement, il a fait intervenir des célébrantes au moment du décès de certains patients et a mis en place une formation « End of life » (EOL) destinée aux médecins, psychologues et infirmières. « On organise des jeux de rôle… L'idée, c'est de travailler sur la transdisciplinarité », précise-t-il.

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