Un chien d'assistance judiciaire apaise les audiences à Antibes
Chien d'assistance judiciaire apaise les audiences à Antibes

Au tribunal de proximité d'Antibes, la chienne Eko, une croisée Golden retriever et Montagne des Pyrénées, intervient lors des audiences avec des majeurs protégés. Guidée par la médiatrice animalière Nathalie Schindelman, elle apaise un public particulièrement sensible, une pratique de plus en plus plébiscitée par les tribunaux.

Une présence expérimentale qui apaise les justiciables

Depuis juin, un mardi matin par mois dès 9 heures, les magistrats et personnels judiciaires peuvent voir la boule de poils blanche passer d'un bureau à l'autre, prendre des caresses, renifler dans les couloirs. Tarek (*), un majeur protégé, est arrivé avec sa sœur au service des tutelles. Dès qu'il a vu Eko, son visage s'est fendu d'un large sourire. Avec Nathalie, ils ont commencé à discuter, et la tension est tombée d'un coup. Quand il a fallu se lever pour aller voir la juge Fanny Moschetti, Eko a suivi Tarek et est restée à ses pieds pendant la durée de l'entrevue, un petit quart d'heure. « Je suis très émotif, sourit ce majeur protégé, d'ordinaire un peu sanguin selon le personnel du tribunal. Mais là, elle m'a apporté de la chaleur, je me suis senti bien. »

La présence d'Eko fait suite à celle de deux autres chiens au tribunal de Grasse. Des chiens d'assistance judiciaire, un dispositif mis en place en 2020 sous l'impulsion de l'ancien ministre de la justice, Éric Dupond-Moretti. L'idée avec ces « doudous vivants », comme il les avait dénommés, est de libérer la parole en apaisant la victime dans un cadre souvent solennel et impressionnant. Imaginé pour les enfants, le dispositif a été étendu à d'autres publics, comme ici, aux majeurs vulnérables, dont le nombre augmente à mesure que la population vieillit et que les troubles psychiques chroniques se multiplient.

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Un soutien pour le justiciable et le magistrat

L'objectif, explique Fanny Moschetti, également vice-présidente chargée des contentieux de la protection au tribunal de proximité d'Antibes, est d'offrir aux personnes les meilleures conditions pour s'exprimer. « Le chien leur permet d'abaisser, finalement, les sensations d'anxiété, les émotions difficiles qu'ils peuvent rencontrer avant une audition avec le juge », sourit la magistrate. « L'animal nous ancre dans le présent, poursuit Nathalie. Il est neutre, ne juge pas. » Un soutien pour le justiciable, donc, mais aussi pour le magistrat. « Ça permet de faciliter le dialogue », poursuit Fanny Moschetti.

Le chien d'assistance judiciaire doit avoir des qualités spécifiques et bénéficie d'une formation adéquate. À Antibes, Eko travaille sous la houlette de Nathalie qui a fait de la médiation animale son métier. Nathalie intervient depuis longtemps dans plusieurs lieux à travers son association Via'nimaux : en soins palliatifs à l'hôpital, dans des Ehpad, dans les prisons, et même lors des examens type brevet des collèges à Niki de Saint Phalle à Valbonne. C'est par cette action que Fanny Moschetti a entendu parler d'elle. « Faire venir le chien de Grasse, c'est très compliqué d'un point de vue logistique, explique la magistrate. Avec Nathalie, on bénéficie d'un véritable savoir-faire, le chien est formé. » C'est le cas de la majeure partie des chiens d'assistance judiciaire, formés par l'association Handi'chiens à la suite d'une convention signée en février 2013 avec notamment l'association France Victimes.

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Un apprentissage spécifique et des défis à relever

Nathalie étaye : « On arrive vers 8 h 30. Alors c'est important que d'abord, la chienne se dépense un petit peu. Ensuite, il faut lui donner aussi un temps, par exemple, de sentir toutes les odeurs pour qu'elle se sente bien. » Depuis qu'elle est âgée de deux mois, Eko apprend à être en lien avec le public, à détecter le stress. « Elle a un bon caractère, ça aussi, ça compte », sourit sa maîtresse. Tous les chiens ne peuvent pas prétendre remplir cette fonction. Pour mettre en confiance l'animal, Nathalie suit une petite routine, notamment dans la salle d'attente, où elle engage la conversation tranquillement avant de proposer l'accompagnement du chien. Quand une personne n'est pas à l'aise, Eko est fermement maintenue en laisse. « Certaines personnes vont avoir un mouvement de recul, mettre leur main dans leur poche, c'est ça aussi, qu'il faut observer », poursuit-elle. À la sortie de la rencontre avec le juge, l'animal est attendu avec une petite friandise. Eko a été habituée aux uniformes et à cet univers judiciaire et ses spécificités. « J'ai toujours renforcé ce qu'il y avait de positif en elle », ajoute Nathalie, auteure d'un livre sur la médiation animale en 2011 et fondatrice de l'association DOGS dédiée à son travail de médiatrice.

Mais la route pour bénéficier d'un tel dispositif peut être longue. La présence d'un chien d'assistance judiciaire n'est pas encore une évidence et suscite quelques interrogations. Lors de la tenue de procès, il a été reproché au chien de devenir, malgré lui, un « signal émotionnel », détournant l'attention des jurés, biaisant le regard qu'ils pouvaient porter sur la victime et donc son récit. La présence d'un animal n'est pas forcément évidente pour tout le personnel judiciaire, et dans certaines juridictions, il a fallu composer et trouver une personne référente. Autre frein et pas des moindres : le financement d'un tel projet est particulièrement difficile à porter, notamment pour des structures de petite taille. Les aides existent, mais il faut souvent aller les chercher et les attributions se font au cas par cas. Pour l'heure, Nathalie officie de manière bénévole. « Cet environnement me plaît », ajoute-t-elle.

Vers une pérennisation du dispositif

Dès la rentrée, le tribunal aimerait pérenniser cette action. Fanny Moschetti a déjà commencé à en discuter avec la greffière, elle aussi enthousiaste sur les bienfaits du chien en audience, pour faire concorder la présence d'Eko avec les profils les plus sensibles. La magistrate, qui agit en totale complémentarité avec Nathalie, y croit dur comme fer : « C'est un outil parmi d'autres pour mieux accueillir les gens, faciliter l'écoute et la bienveillance. Tout droit dans la lignée d'une justice de qualité. » (*) Le prénom a été changé.