Le Conservatoire du littoral poursuit son travail d'acquisition foncière autour de la dune du Pilat, un processus entamé en 1998. Ces opérations, menées à l'amiable ou par expropriation, ont été facilitées par un arrêté préfectoral signé le 30 mai 2016, déclarant l'ensemble du périmètre d'utilité publique.
Une réunion houleuse en 2015
L'histoire débute un soir de février 2015. Guillemette Rolland, alors déléguée régionale du Conservatoire du littoral, prend la parole dans la salle Maugis de La Teste-de-Buch. Elle expose la procédure d'expropriation qui doit être menée sur les 600 hectares du périmètre de la dune du Pilat. Dans l'auditoire, usagers et propriétaires se montrent méfiants, voire hostiles. « Cette maîtrise foncière est indispensable pour gérer le site, pour qu'il soit protégé, propre et cohérent. Et le conservatoire achète des propriétés dont les propriétaires ne bénéficient pas », explique-t-elle pour apaiser les craintes.
À l'époque, la Dune, qui semblait appartenir à tout le monde, était en réalité détenue à 65 % par des propriétaires privés. Le Conservatoire, agissant pour le compte du syndicat mixte de la dune du Pilat, avait pour mission d'acquérir ou d'exproprier environ 400 hectares, concernant 150 propriétaires privés, répartis sur 250 parcelles couvrant 269 hectares (dont 168 de forêt et 101 de dune). L'objectif : faire en sorte que la Dune appartienne entièrement à la puissance publique, et donc à tous.
Des nécessités concrètes
Un exemple illustre l'urgence de cette opération : jusqu'en 2012, le Syndicat mixte de la dune du Pilat, gestionnaire de l'espace d'accueil, devait demander chaque année au propriétaire de la parcelle située au bout du parking l'autorisation d'y installer l'escalier. « Je devais leur écrire tous les ans, et certaines fois, c'était refusé, ce qui nous amenait à d'interminables discussions », confiait Michel Daverat, alors président du syndicat. Le Conservatoire a finalement pu acquérir ce terrain en 2012.
Enquête parcellaire et propriétaires introuvables
L'opération a été déverrouillée par l'arrêté préfectoral de 2016, puis accélérée par une enquête parcellaire en 2019. Il s'agissait de retrouver tous les propriétaires des parcelles à acquérir. Certains ignoraient même qu'ils possédaient ces terrains, perdus au fil des héritages et des indivisions. Beaucoup ne s'en étaient plus préoccupés, ces parcelles n'offrant d'autre usage que la promenade et l'observation de la nature.
Des courriers ont été envoyés aux quatre coins du monde : Arcachon, La Teste, Paris, mais aussi Le Gosier en Guadeloupe, Londres, Fort Lauderdale aux États-Unis, Saly Portudal au Sénégal, Barcelone, Cork en Irlande, Nouakchott en Mauritanie, etc. Pendant l'enquête, les noms des propriétaires disparus étaient affichés sur les murs de la mairie annexe du Pyla, avec des mentions comme « retour du courrier avec la mention destinataire inconnu », « accusé de réception non parvenu », « propriétaire décédé » ou « pli avisé non réclamé ».
Un bilan positif
Grâce à ces efforts, le Conservatoire a peu à peu racheté les terrains, à l'amiable ou par expropriation. En juin 2025, il était propriétaire de 500 des 600 hectares du périmètre de la Dune, marquant une étape majeure dans la protection de ce site emblématique.



