Depuis début juillet et jusqu'à fin août, un duo insolite arpente les plages de Frontignan tous les quinze jours : Titouan, 5 ans, et Sultan, 9 ans, deux dromadaires transformés en éco-ambassadeurs. Sacs de jardin arrimés sur les flancs, ils sillonnent le sable pour collecter les déchets abandonnés par les vacanciers, dans le cadre de l'opération "Je fais ma part", lancée par la municipalité il y a trois ans.
Une initiative populaire et symbolique
L'initiative, aussi symbolique que populaire, ne se dément pas auprès des habitants et des estivants. Les deux animaux appartiennent à l'exploitation Dromasud, cofondée en 2020 par Cécile Le Meur et sa fille Coralie, sur les hauts de Frontignan. Titouan y est même né.
Si Coralie Le Meur est sensible à la dimension éco-citoyenne de l'opération, le plaisir de ses bêtes à marcher dans le sable, leur résistance naturelle à la chaleur – ils ne commencent à suer qu'à 42 °C – et leur sociabilité l'ont convaincue de l'intérêt de leur participation. Par ailleurs, leur impact sur l'environnement plaide en leur faveur. "En dépit de leur poids, près de 500 kg, les camélidés laissent moins d'empreintes qu'un humain. Quant à leurs déjections, que l'on ramasse d'ailleurs, leurs crottins ne sont pas plus gros que ceux d'une chèvre. Autrement dit, ils ne piétinent rien et ne laissent aucune trace de leur passage", explique l'éleveuse.
Un rituel bien rodé
Durant deux heures, de 14 heures à 16 heures, un samedi sur deux, l'éleveuse, des bénévoles et une ribambelle d'enfants ramassent les déchets laissés sur la plage. "On a choisi ce créneau, car les déjeuners et pique-niques se terminent à ces horaires. Pas mal d'emballages traînent alors", précise Coralie Le Meur.
Difficile de chiffrer précisément le volume ramassé en trois ans, mais elle l'estime à 80 litres par passage auxquels s'ajoutent près de deux bouteilles de 2 litres remplies de mégots. "Nous ne constatons pas une augmentation du volume des déchets abandonnés sur la plage. Les gens sont de plus en plus conscients et jettent de moins en moins leurs déchets, à l'exception des mégots, que l'on ramasse en quantité astronomique, ainsi que pas mal de bouteilles en verre", nuance-t-elle.
Préservation du littoral
Au-delà du nettoyage, l'opération vise avant tout à sensibiliser les usagers des plages sur la préservation du littoral. "Notre rôle est d'inciter les personnes à remporter leurs déchets chez eux ou à les jeter et les trier en sortie de plage dans les conteneurs prévus à cet effet. Le dialogue est d'autant plus facile à établir que les dromadaires attirent facilement l'attention. Ils jouent ainsi les médiateurs entre les humains et la nature", résume l'éleveuse.
Nombreux sont désormais les vacanciers à attendre le passage de cette "patrouille" insolite pour venir déposer directement leurs déchets dans les sacs placés sur leurs flancs avec une pointe d'envie. Et pour cause, les dromadaires sont les seuls, par ces fortes chaleurs, à ne montrer ni signe de fatigue ni de sudation.



