Climatisation : l'équipement bondit en France, les experts appellent à la mesure
Climatisation : équipement bondit en France, experts appellent à la mesure

Le débat sur la climatisation divise la France en période de canicule. Alors que son impact environnemental préoccupe toujours les citoyens, elle s'impose de plus en plus comme un recours difficilement évitable lors des épisodes de chaleur extrême, reconnaissent des experts, qui exhortent toutefois à ne pas tout miser sur cette seule technologie.

Une progression rapide dans les foyers français

Dans les foyers français, la bascule est déjà visible. Le taux d'équipement a bondi d'un tiers en deux ans, passant de 18 % en 2023 à 24 % en 2025, selon l'Agence de la transition écologique (Ademe). Cette progression se fait malgré une image encore très dégradée : moins de deux Français sur dix jugent la climatisation respectueuse de l'environnement, selon un sondage Ipsos publié en juin.

Un sujet au cœur de la présidentielle 2027 ?

Le sujet est devenu omniprésent en politique. Marine Le Pen prône un « grand plan clim », tandis que Jean-Luc Mélenchon estime que « climatiser partout » serait « augmenter les dégâts ». L'écologiste Marine Tondelier considère quant à elle que la climatisation « fait partie des solutions » sans être « une solution à tout ». Signe d'une modification de l'opinion, la ministre déléguée à l'Énergie, Maud Bregeon, défend aujourd'hui une « climatisation partout où c'est nécessaire », alors que l'ex-ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher y voyait une « mal-adaptation » il y a encore un an.

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« La climatisation n'est ni bonne ni mauvaise en soi »

Pour les spécialistes interrogés, le débat est souvent trop binaire. « La climatisation n'est ni bonne ni mauvaise en soi », affirme l'urbaniste Clément Gaillard. Elle constitue une « mal-adaptation », une réponse au réchauffement qui crée de nouveaux risques, « si l'on compte exclusivement sur cet équipement pour régler le problème de la chaleur ».

Ses détracteurs blâment souvent sa consommation, dont l'impact climatique diffère selon que l'électricité provient d'énergies fossiles ou bas carbone. « La clim' ne pose pas de problème aujourd'hui en France pour le climat », a jugé mi-juin sur LCI François Gemenne, coauteur de rapports du GIEC, rappelant que l'électricité française était largement décarbonée.

Autres écueils : fluides polluants et chaleur rejetée

Restent d'autres écueils : des fluides potentiellement polluants, même si la réglementation a réduit leur impact, et le rejet de la chaleur extraite du logement, à laquelle s'ajoute celle du compresseur. Cet air chaud ne réchauffe pas globalement l'atmosphère, mais peut aggraver localement la chaleur dans des secteurs urbains denses et mal ventilés, explique Vincent Viguié, économiste au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired).

Impact marginal en journée mais frein au refroidissement nocturne

Des travaux américains suggèrent un impact marginal en journée, lorsque le soleil domine, mais un frein au refroidissement nocturne des villes. À Lyon, une modélisation du quartier dense de La Buire en 2025 a montré que des climatiseurs installés sur les façades pouvaient localement augmenter la température de l'air de 1,75 °C et réduire leur propre efficacité énergétique.

Les spécialistes prônent des solutions « sobres » (volets, stores, ventilateurs de plafond) non comme substituts absolus à la climatisation, mais pour en modérer l'usage. La chaleur a fait environ 5 700 morts en France l'été dernier, selon Santé publique France. L'Agence internationale de l'énergie estime que la climatisation sauve des vies : 190 000 par an dans le monde entre 2019 et 2021.

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