Une mission parlementaire va se pencher sur les impacts environnementaux des aliments ultratransformés, a annoncé mardi 24 juin la députée écologiste Delphine Batho, à l'origine de cette initiative. Cette mission, qui sera menée par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), vise à évaluer les conséquences de ces produits sur l'environnement, au-delà de leurs effets sur la santé déjà largement documentés.
Les aliments ultratransformés, définis par la classification NOVA comme des formulations industrielles contenant des ingrédients rarement utilisés en cuisine, représentent entre 30 % et 50 % des apports caloriques dans les pays occidentaux. Leur production et leur consommation ont des répercussions importantes sur l'environnement, notamment en termes d'émissions de gaz à effet de serre, d'utilisation de ressources naturelles et de production de déchets.
Un lien entre santé et environnement
Delphine Batho, présidente de la commission du Développement durable à l'Assemblée nationale, a souligné que "les aliments ultratransformés sont non seulement mauvais pour la santé, mais aussi pour la planète". Selon elle, ces produits contribuent à la déforestation, à la perte de biodiversité et à la pollution des sols et de l'eau. La mission parlementaire devra notamment examiner l'impact des emballages plastiques, souvent non recyclables, et le gaspillage alimentaire lié à ces produits.
L'OPECST, composé de députés et de sénateurs, devra remettre un rapport d'ici à la fin de l'année 2026. Ce rapport devrait formuler des recommandations pour réduire l'impact environnemental des aliments ultratransformés, comme la taxation des emballages plastiques ou l'incitation à une consommation plus responsable.
Des données encore insuffisantes
Si les études sur les effets sanitaires des aliments ultratransformés sont nombreuses, les données sur leur impact environnemental restent parcellaires. Une étude de 2023 publiée dans la revue The Lancet Planetary Health estimait que la production de ces aliments générait 30 % d'émissions de gaz à effet de serre supplémentaires par rapport à une alimentation non transformée. Toutefois, ces chiffres varient selon les produits et les modes de production.
La mission parlementaire devra donc combler ce manque de données. Elle s'appuiera sur des auditions d'experts, d'industriels et d'associations environnementales. Parmi les questions abordées : l'empreinte carbone des ingrédients, l'utilisation de pesticides dans les cultures destinées à l'industrie agroalimentaire, ou encore le coût environnemental du transport et de la logistique.
Un enjeu politique et économique
Cette initiative intervient dans un contexte de prise de conscience croissante des liens entre alimentation et environnement. En France, la loi Climat et Résilience de 2021 a déjà introduit des mesures pour réduire l'impact environnemental de l'alimentation, comme l'obligation de proposer des options végétariennes dans les cantines. Cependant, les aliments ultratransformés restent peu réglementés sur le plan environnemental.
Les industriels du secteur, qui réalisent des marges importantes sur ces produits, pourraient être réticents à des mesures contraignantes. Selon l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA), ces produits répondent à une demande des consommateurs pour des aliments pratiques et peu coûteux. "Nous sommes favorables à une évaluation scientifique des impacts environnementaux, mais il ne faut pas diaboliser une catégorie d'aliments", a déclaré un porte-parole de l'ANIA.
La mission parlementaire devra donc trouver un équilibre entre impératifs environnementaux et réalités économiques. Ses conclusions pourraient influencer les futures politiques publiques en matière d'alimentation durable.



