Priorité à l'agriculture sur l'eau potable : le débat
Agriculture prioritaire sur l'eau potable ? Le débat

Le projet de loi d'orientation agricole, examiné à l'Assemblée nationale, contient une disposition polémique : en période de sécheresse, l'irrigation des cultures pourrait passer avant l'alimentation en eau potable. Selon le texte, les préfets pourraient déroger à la hiérarchie actuelle des usages de l'eau, qui place l'eau potable en tête. Cette mesure vise à sécuriser la production agricole face aux aléas climatiques, mais elle suscite l'inquiétude des défenseurs de l'environnement et des citoyens.

Une hiérarchie des usages bouleversée

Actuellement, en cas de pénurie, l'ordre des priorités est clair : d'abord l'eau potable, puis les usages sanitaires, l'agriculture, l'industrie et enfin les loisirs. Le projet de loi propose d'inverser cette logique pour l'agriculture, en la rendant prioritaire sur l'eau potable. Le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, a défendu cette mesure : « Il s'agit de garantir la souveraineté alimentaire. Sans eau, pas de récoltes, et donc pas de nourriture pour les Français. »

Les critiques fusent

Les associations environnementales dénoncent un « cadeau fait à l'agro-industrie ». Selon Greenpeace, cette disposition « sacrifie la santé des citoyens sur l'autel du productivisme ». Une pétition lancée par plusieurs ONG a recueilli plus de 150 000 signatures en une semaine. Le député écologiste Julien Bayou a déclaré : « C'est une folie. L'eau potable est un droit fondamental, on ne peut pas le subordonner à des intérêts économiques. »

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Un contexte de sécheresses récurrentes

La France a connu plusieurs épisodes de sécheresse sévère ces dernières années, notamment en 2022 et 2023. Selon Météo-France, les précipitations ont diminué de 20 % en moyenne sur les cinq dernières années. Les agriculteurs, eux, alertent sur la nécessité d'irriguer pour maintenir les rendements. La FNSEA, principal syndicat agricole, soutient la mesure : « Sans cette priorité, des exploitations entières risquent de disparaître. »

Quelles conséquences pour les citoyens ?

Si la loi est adoptée, en période de restrictions, les robinets des particuliers pourraient être coupés avant les systèmes d'irrigation. Les maires de plusieurs communes rurales s'inquiètent. Jean-Michel Fouché, maire de Saint-Pierre-de-Maillé (Vienne), a confié : « Comment expliquer à mes administrés qu'ils ne peuvent pas boire un verre d'eau alors que les champs sont arrosés ? » Le gouvernement assure que des garde-fous seront mis en place, mais les détails restent flous.

Un débat parlementaire houleux

L'examen du texte a été marqué par des affrontements. L'opposition a déposé plus de 800 amendements pour tenter de supprimer ou modifier cette disposition. Le rapporteur du texte, le député LREM Jean-Baptiste Moreau, a tenté de rassurer : « Il ne s'agit pas de priver les gens d'eau, mais d'ajuster les priorités en fonction des besoins réels. » La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a elle-même exprimé des réserves, estimant que « la hiérarchie actuelle a fait ses preuves ».

Vers un compromis ?

Plusieurs amendements de compromis sont en discussion. L'un d'eux prévoit de maintenir la priorité de l'eau potable, mais d'autoriser des dérogations temporaires pour l'agriculture en cas de crise majeure, sur décision du préfet. Un autre propose de conditionner la priorité agricole à des pratiques économes en eau. Le vote final est attendu dans les prochains jours. Selon un sondage Ifop, 68 % des Français se disent opposés à cette mesure.

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