Cyanobactéries dans le Tarn : un fléau qui dépasse la saison estivale
Un nouveau drame vient de frapper près du Rozier, ce village accroché aux falaises des Gorges du Tarn. Début avril, un chien est mort après s'être baigné dans les eaux du fleuve, très probablement à cause des cyanobactéries. Ces micro-organismes, capables de produire des toxines mortelles pour les animaux, refont surface dans le Tarn, rappelant un phénomène récurrent depuis les années 2000.
Une surveillance estivale insuffisante
"Les chiens meurent toute l'année, pas seulement en été", insiste Christophe Tournaire, fondateur de l'association Cyanobactéries Alerte. Malgré un protocole de surveillance et de prévention élaboré suite à une étude scientifique, celui-ci ne couvre que la période estivale, lorsque les activités touristiques battent leur plein. "En dehors de la saison balnéaire, il n'y a pas de surveillance, pas d'affichage", déplore-t-il.
Céline Delagnes, directrice du syndicat mixte du bassin-versant du Tarn-amont, confirme la présence de cyanobactéries sur le site où le chien s'est baigné. "Nous avons accompagné les propriétaires du chien sur place. Et il s'avère qu'il y a des cyanobactéries sur le site", explique-t-elle. Les analyses en laboratoire doivent encore confirmer l'hypothèse, mais la suspicion est forte : le chien aurait ingéré un biofilm contenant des cyanobactéries toxiques.
Un phénomène récurrent depuis plus de vingt ans
Ce cas n'est malheureusement pas isolé. "Depuis les années 2000, on recense des dizaines de décès de chiens sur ce secteur", rappelle Christophe Tournaire. Le territoire des Gorges du Tarn a été l'un des premiers où le phénomène a été constaté. Le protocole de surveillance, bien que rigoureux, a été étendu à l'ensemble du bassin du Tarn Amont, en Aveyron et dans le Gard, mais reste limité à la période estivale.
Des conditions favorables à la prolifération
Les cyanobactéries, présentes naturellement dans les écosystèmes aquatiques, se développent particulièrement après des crues suivies de périodes ensoleillées. "On sort d'une période de crues, et avec l'ensoleillement actuel et un couvert végétal qui commence à peine à se développer, les nutriments apportés par les eaux favorisent leur développement", explique Céline Delagnes.
Christophe Tournaire pointe un problème plus global : "Le problème, c'est la pollution azote-phosphate, planétaire. Elle est présente dans tout le cycle de l'eau. Les engrais chimiques, les rejets mal traités... Tout cela alimente la prolifération des cyanobactéries". Toutes les cyanobactéries ne sont pas toxiques, mais leur toxicité serait le résultat d'un stress environnemental ou d'une adaptation à une forte luminosité.
Un appel à la vigilance renforcée
Le syndicat appelle à la prudence et multiplie les publications internet préconisant :
- D'éviter de laisser les animaux se baigner ou boire dans les zones suspectes
- De ne pas consommer d'eau ou de poissons provenant de ces secteurs
- De signaler toute observation anormale (eau trouble, dépôts noirâtres)
Mais pour Christophe Tournaire, ces mesures ne suffisent pas. "Il faudrait des reconnaissances visuelles régulières en dehors de la saison touristique, et une diffusion plus large des résultats", plaide-t-il. Il reconnaît cependant le dilemme : "Si vous parlez des cyanobactéries avant même le début de saison touristique, ça peut effectivement nuire à son image".
Un risque particulièrement élevé pour les chiens
Si l'Anses estime le risque pour l'homme limité, il en va différemment pour les chiens. "Pour les chiens, c'est différent : ils boivent beaucoup d'eau, et les toxines agissent très vite. Parfois, en quelques minutes, le chien décède", explique Christophe Tournaire. La solution passerait par une collaboration renforcée entre associations, syndicats et scientifiques.
"Il faudrait mutualiser les alertes, comme on a tenté de le faire avec le syndicat du Tarn. Mais aujourd'hui, chacun fait de son côté", regrette-t-il. Céline Delagnes conclut : "Il faut continuer à informer, à prévenir, et à adapter les protocoles. On ne peut pas éradiquer les cyanobactéries, mais il faut les surveiller".
Quant à craindre une prolifération plus importante cette année, la spécialiste reste prudente : "Difficile à prévoir. L'été passé nous avons été confrontés à des cyanobactéries dès le mois de juin. Par contre début août, période où l'on s'attend habituellement à rencontrer des concentrations importantes, il n'y avait plus rien".



