Lacanau-Océan s'attaque aux montagnes de cartons à pizza
Pour faire face à l'usage massif d'emballages en carton par les pizzerias, la mairie de Lacanau a dû investir dans des conteneurs spéciaux. Un système de poubelles à compresseur a été commandé, tant les déchets sont pléthoriques à collecter. Cette station balnéaire girondine profite à la fois de l'économie du surf et du business florissant de la pizza.
Une situation touristique exceptionnelle
Idéalement située au bord de l'océan Atlantique, en Gironde, cette partie de la commune de Lacanau est ultra-touristique. Cumulées, 100 000 personnes la fréquentent en été tandis que, le reste de l'année, 2 000 habitants l'animent. Fraîchement réélu en mars dernier, le maire Laurent Peyrondet n'est pas peu fier de rappeler que 15 millions d'euros ont été investis à Lacanau-Océan sur trois ans, en particulier au niveau du front de mer.
« Il n'est pas question que les cartons à pizza gâchent le paysage », insiste l'élu. Le maire de Lacanau veut un bord de mer propre, sans cartons à pizza traînant par terre. Lors des pics de fréquentation, durant les vacances et les jours fériés, ses services ramassent, entre 18 et 20 heures, quelque 5 000 cartons à pizza dans les quatre conteneurs qu'il a fait installer aux abords des plages.
Un spectacle nocturne générateur de déchets
Les plages sont très fréquentées le soir, lorsque le soleil se couche dans les flots de l'Atlantique. Un spectacle à apprécier entre amis ou en famille autour de pizzas emportées depuis les commerces établis juste à proximité. « Il y avait tellement de cartons partout... Les gens s'amusaient à construire des structures avec », se rappelle le maire. Ce qui était rigolo au début a cessé de le faire sourire.
S'inspirant de ce qu'il a vu à Lyon, il a décidé de créer, en 2025, des conteneurs dédiés uniquement à la filière de la pizza. Un rectangle en bois avec une fente au-dessus : pile poil, la largeur et la hauteur d'un carton de pizzaïolo !
Une concurrence féroce entre commerçants
Les consommateurs sont unanimes : « La pizza à la plage, c'est pratique, bon, pas cher et ça remplit le ventre. » Les commerces étant situés à moins de 50 mètres du sable, le circuit court est garanti entre l'achat et la dégustation. « Les gens ont des budgets plus serrés », analyse le maire, lui-même commerçant. « Ils mangent davantage sur le pouce et moins au restaurant. Et les pizzas ici ne coûtent pas cher et montent en gamme. »
Avec 16 points de vente recensés dans cette station balnéaire, la concurrence est rude. Philippe Sinsou, qui tient le point de vente à emporter Les Pizzas de Charlotte depuis 2012, en convient : « Je ne peux pas augmenter mes prix, les gens iraient acheter ailleurs. On prend sur nous car les matières premières ont pris 30 %, et l'électricité qui alimente le four, 15 %. » Il commande chaque année 35 000 cartons de trois tailles différentes.
Les limites du système actuel
Flavio Pereira, un autre pizzaiolo du front de mer, a ouvert sa pizzeria il y a trois ans. « Je commande 32 000 cartons par an à 30 centimes l'exemplaire (9 600 euros) », dit-il. « En semaine, je fais 300 pizzas par jour ; à la haute saison, 500. Le soir, il y a un an, je passais sur la plage ramasser les cartons. Les gens n'ont pas le réflexe de me les ramener alors qu'en tant que professionnel, je vais à la déchetterie. »
Il a même pensé à utiliser des boîtes en plastique à 10 euros mais constate que « les gens ne sont pas prêts pour le système de consigne ». Le maire reconnaît que « les conteneurs posés il y a un an sont trop vite pleins », d'où la décision de les remplacer par des installations équipées de compresseurs.
Le devenir des emballages
Que deviennent ces emballages ? Ceux jetés dans les poubelles classiques partent au centre d'enfouissement de Naujac à 40 km. Les cartons déposés dans les conteneurs spéciaux, qui ne doivent pas contenir de morceaux de pizza, sont recyclés au centre de tri de Saint-Denis-de-Pile, à 95 km de là, dans le Libournais.
Vers un tourisme plus durable ?
Les cartons constituent le côté émergé de la vaste problématique des déchets produits par le tourisme de masse. Laurent Peyrondet souhaiterait que les commerçants s'impliquent davantage. « L'enfouissement des déchets à Naujac nous coûte cher. L'association des commerçants est mise en sommeil, elle est indispensable », regrette-t-il. « Ils ne se posent pas la question du traitement des déchets qui est importante pour préserver le tourisme... »
Un tourisme qui vient notamment de la métropole bordelaise, à 70 km de là. Pour le maire, le sujet est, de facto, à dimension départementale. Le 5 mars, il a été conclu qu'à partir de 2028, les deux usines d'incinération de Cenon et Bègles accueilleront les ordures ménagères de toutes les communes du département, au même prix. Le centre de Naujac fermerait en 2035. Un système qui ne sera viable, confirment les collectivités, que si le volume global des déchets du département se réduit, y compris lors des vacances.



