Gironde : la fin du ramassage des poubelles à domicile divise les collectivités
Gironde : la fin du ramassage des poubelles à domicile divise

Gironde : la fin du ramassage des poubelles à domicile divise les collectivités

Pour faire baisser le coût de collecte des ordures ménagères, plusieurs collectivités de Gironde envisagent sérieusement de supprimer le passage traditionnel des éboueurs en porte-à-porte. Cette mesure radicale, qui obligerait les ménages à porter eux-mêmes leurs poubelles vers des points d'apport collectifs (PAC), soulève des questions fondamentales sur nos habitudes citoyennes et la politique de gestion des déchets.

Un geste quotidien devenu politique

Jeter ses déchets, acte anodin en apparence, se révèle être un geste éminemment politique. La manière de trier et la facture à régler concernent chaque foyer dans son intimité, expliquant pourquoi le sujet devient explosif lorsqu'on l'aborde avec les habitants du Nord-Gironde. Le Syndicat mixte intercommunal de collecte et de valorisation (Smicval) a ainsi pour projet de supprimer complètement le ramassage en porte-à-porte (PAP), au profit de points d'apport volontaire (PAV) où les ménages devraient se déplacer.

Deux systèmes en opposition

Pour comprendre les enjeux, il faut distinguer deux éléments clés. D'abord le mode de collecte : porte-à-porte traditionnel ou points d'apport collectifs. Ensuite la tarification : les PAC sont souvent associés à la redevance incitative (RI), système fondé sur le principe « pollueur-payeur » qui contraste avec la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (Teom).

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En Haute-Gironde, où 35% du territoire est déjà passé aux points de collecte, le Smicval constate un effet positif majeur : une réduction de 30% des déchets, bien au-delà des 10% prévus initialement. Pour les collectivités confrontées à l'explosion des coûts de traitement, réduire la quantité d'ordures devient une priorité absolue.

Tour d'horizon des différentes approches en Gironde

Bordeaux Métropole maintient la collecte à domicile

« Qu'on le veuille ou non, le ramassage en porte-à-porte est une habitude », explique Patrick Labesse, ancien vice-président de la collectivité. La métropole bordelaise privilégie l'amélioration du tri tout en garantissant un service simple, considérant qu'imposer des points d'apport en zone urbaine serait « difficile ». La distribution de composteurs individuels et collectifs a porté ses fruits, permettant de réduire les volumes sans changer radicalement le système.

L'est de la Gironde : un essai transformé en échec

De La Réole à Castillon, l'Union des syndicats de traitement des ordures ménagères (Ustom) a étudié les points d'apport volontaire avant d'y renoncer. « Sainte-Terre l'a expérimenté et ça s'est transformé en dépôt sauvage », révèle Christian Malendit Sallaud, ancien président. En revanche, cette zone applique avec succès la redevance incitative, faisant chuter les déchets collectés de 18 000 à 10 000 tonnes annuelles.

L'Entre-deux-Mers espace les collectes

Le Syndicat de l'Entre-deux-Mers ouest (Semoctom) a opté pour une solution intermédiaire : maintenir le porte-à-porte mais en réduisant la fréquence à une collecte tous les quinze jours pour les ordures résiduelles. « Les gens ont râlé mais nous n'avons pas eu de grosse protestation collective », note le président Jean-François Auby, constatant une baisse significative des déchets grâce à un meilleur tri.

Le Sud-Gironde évolue sans heurt

Face à l'augmentation annuelle de 5 à 6% des coûts, le Syndicat intercommunautaire du Sud-Gironde (Sictom) a réduit la collecte à domicile à une fois par semaine. « On passe moins et ça incite les gens à mieux trier », constate le président Christophe Doray. Les résultats sont tangibles : baisse de 16% des ordures ménagères dans le Bazadais entre 2022 et 2024, avec 40% d'emballages recyclables en plus collectés.

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Un avenir incertain après les élections municipales

La donne change avec les récentes élections municipales qui ont vu plusieurs présidents de syndicats perdre leur siège. Les nouveaux édiles devront désormais trouver des compromis sur cette question délicate, alors que la pression financière ne cesse de croître. La transition vers des systèmes plus économiques et écologiques semble inéluctable, mais sa forme exacte reste à négocier territoire par territoire, au gré des sensibilités locales et des résistances au changement.