Face à la chute des tarifs EDF, la coopérative Thau énergies citoyennes adapte sa stratégie
Face à la chute des tarifs EDF, Thau énergies citoyennes adapte sa stratégie

Ce mardi 16 juin, lors de son assemblée générale annuelle au Centre des mouettes à Frontignan, la coopérative Thau énergies citoyennes abordera un changement possible de son modèle économique. Face à la chute des tarifs de rachat d'EDF, la structure explore de nouvelles voies pour pérenniser ses activités.

Un modèle éprouvé depuis sept ans

« Avec les centrales photovoltaïques que l’on a installées à Frontignan, Villeveyrac et Mireval, on a démontré que notre affaire marchait », résume Eduardo Serodio, président de la coopérative de 2020 à 2023. Créée le 11 mars 2017 par l’association Fronticoop énergies, la coopérative repose sur une idée simple : produire localement au moins autant d’énergie que le territoire n’en consomme, en créant ce que ses fondateurs appellent « un circuit court de l’énergie », selon Sylvain de Smet, premier président.

Pour ses initiateurs, l’enjeu dépasse la seule production d’électricité. « Soit on laisse le gouvernement et les grandes entreprises décider pour nous, soit on agit », explique Eduardo Serodio. Plutôt que d’attendre une décision politique, la coopérative a préféré passer à l’action, non sans avoir dû convaincre.

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Sept toitures équipées en sept ans

Tout est parti d’une première installation modeste, en 2018, sur le toit du domaine viticole Château Stony (9 kW), à Frontignan. « On a commencé petit pour montrer que c’était concret et convaincre les municipalités de la pertinence de notre démarche », se souvient Sylvain de Smet. L’essai étant concluant, d’autres toitures ont suivi : celles de la LPO de Villeveyrac (6 kW) et de l’école des Lavandins à Frontignan (36 kW) en 2019, puis le centre de loisirs municipal de Frontignan (36 kW) Les Mouettes en 2023.

En 2024, trois nouvelles centrales sont venues s’ajouter à Mireval, sur l’école élémentaire Charles Prieur (36 kW), la Halle des sports (36 kW) et le stade Nestor Combin (21,6 kW). Un projet sur le toit du lycée agricole de Frontignan, en revanche, n’a pas pu voir le jour pour des raisons techniques. De la première à la dernière installation, le même schéma est suivi : étude de faisabilité technique, puis collecte d’épargne citoyenne – seules les trois premières installations ont bénéficié d’une aide de la Région, qui complétait chaque euro investi par un citoyen. La coopérative reste ensuite propriétaire de l’installation et reverse une redevance au propriétaire de la toiture, équivalente à 5 % du chiffre d’affaires de l’électricité vendue.

Le tournant de l’autoconsommation

Mais ce modèle, fondé sur la vente d’électricité à EDF à prix garanti et avantageux pendant vingt ans, touche à sa fin. La chute du tarif de rachat oblige la coopérative à revoir sa stratégie. « Le nombre des installations a tellement bondi en France qu’on atteint une certaine saturation de la production électrique, entraînant naturellement un effondrement des prix », note Eduardo Serodio.

Fin du soutien public au petit photovoltaïque

Le temps où les particuliers pouvaient vendre la totalité de leur production d’électricité solaire à l’État, via EDF OA (obligation d’achat) jusqu’à 60 centimes d’euro le kWh et garanti 20 ans, est loin. Un nouveau cap est franchi en mars 2025, pour les petites installations photovoltaïques, avec la baisse drastique du surplus d’électricité par l’État (de 12,7 centimes d’euro à 4 centimes d’euro). Un nouvel arrêté, paru au Journal officiel le 4 juin dernier et entré en vigueur le lendemain, acte une nouvelle baisse du tarif d’achat du surplus d’électricité, fixé désormais à 1,1 centime d’euro.

Ce contexte induit donc une réorientation de la stratégie via l’autoconsommation collective. Le principe consiste à réunir, autour d’une même centrale, des producteurs et des consommateurs situés dans un rayon d’un kilomètre, liés par contrat. Une façon, là encore, de créer un circuit court, mais cette fois pour l’électricité elle-même.

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Pour financer ces futurs projets, un appel à projets européen est dans le viseur. « Nous avons engagé une discussion avec Sète Agglopôle Méditerranée pour proposer un partenariat avec également Enercoop. L’idée serait d’accompagner des projets ambitieux de centrales pour de l’autoconsommation collective », indique Jean-Luc Rouby, actuel président de Thau énergies citoyennes. Reste à savoir si l’agglomération se montrera intéressée.