Près d'un mois après l'incendie parti d'Oupia le 1er juillet, les vignerons du Minervois constatent toujours les dégâts. Environ 900 hectares ont été brûlés en moins de deux jours, mobilisant 900 pompiers en 48 heures. Si aucune victime n'est à déplorer, la biodiversité est détruite et les sols, devenus pauvres, peinent à retenir l'eau, illustrant l'urgence d'une adaptation au dérèglement climatique.
Un vigneron épargné mais marqué
David Behar, propriétaire de 2,5 hectares à Oupia, se souvient de la course contre le feu : « Le vent m'a sauvé, j'étais sur place, je voyais les flammes », raconte-t-il. Le sinistre s'est arrêté au pied de ses vignes, ne causant que quelques dégâts matériels : une machine endommagée et des fossés touchés, pour une réparation de 50 euros. « Je n'ai eu aucune perte », ajoute-t-il.
Les vendanges, commencées le 7 août, soit une semaine plus tôt que l'année dernière, devraient se terminer ce week-end avec l'aide de saisonniers. Malgré ce relatif soulagement, David Behar relativise : « Un vigneron voisin aurait perdu près de 50 % de ses vignes. Sur le moment, j'étais stressé, mais finalement je m'en sors bien. »
Des pertes lourdes pour certains producteurs
La cave coopérative Les Celliers d'Onairac, située à Olonzac, regroupe environ 80 producteurs. Selon son responsable, Denis Carretier, « plusieurs producteurs sont impactés ». Il précise : « L'un de nos producteurs a perdu tout son matériel et une partie de ses parcelles. Certains ont perdu tout le potentiel végétal de leur terrain. »
Autour des vignes survivantes, des troncs calcinés jonchent le sol et une odeur de brûlé persiste. La biodiversité locale a été fortement touchée, même si les habitants d'Oupia et des villages voisins ont été épargnés.
La sécheresse, un défi supplémentaire
Au-delà de l'incendie, les canicules à répétition aggravent la situation. Malgré une pluviométrie favorable en février, la sécheresse continue d'impacter les vignes. Denis Carretier, également président de la chambre régionale d'agriculture Occitanie, s'interroge : « On ne peut pas se retrouver sans eau en juillet alors qu'il a particulièrement plu en février. Ça manque d'eau partout ! Un vrai débat se pose : comment peut-on faire des extensions de réseau et des retenues d'eau pour l'alimentation humaine, l'agriculture et la biodiversité ? »
Pour Carretier, l'irrigation totale est la solution pour sauver les prochaines récoltes. David Behar, lui, prône une approche plus sobre : « L'irrigation n'est pas une solution à long terme. Il faut revenir à un modèle basé sur la sobriété et arrêter la surexploitation. » Il insiste sur la désertification des sols : « Ils ne retiennent plus l'eau et deviennent de plus en plus pauvres. Ce sont des conséquences du changement climatique. »
Le parcours singulier de David Behar
Arrivé à Oupia il y a deux ans, David Behar s'est lancé dans la viticulture en 2021, après une carrière de musicien, DJ et aide-soignant. Il raconte : « Je ne pensais jamais faire de vin, finalement j'ai acheté une parcelle de 2 500 m² et aujourd'hui je me retrouve avec dix fois plus. » Il compare son travail à ses anciens métiers : « Travailler dans les vignes, c'est prendre soin de la nature, comme je le faisais en clinique. Et tout l'aspect créatif de la musique, je le retrouve aussi dans les vignes. »
Il propose également des visites et dégustations, un contact humain qu'il apprécie : « Ça permet d'échanger sur le produit avec les clients, c'est toujours des bons moments. » Face à l'incendie, il se dit « humble » devant la nature : « La nature fait ce qu'elle veut. Elle se présente entière, sincère, et moi ça me fait du bien. »



