« Interstellar » : Matthew McConaughey face au vertige du temps
« Interstellar » : McConaughey face au vertige du temps

« Interstellar », le blockbuster de Christopher Nolan sorti en 2014, est désormais disponible sur Netflix. Le film y déploie son odyssée spatiale singulière, portée par Matthew McConaughey dans le rôle de l’astronaute Joseph Cooper, envoyé aux confins de l’univers pour trouver une planète habitable alors que la Terre est ravagée. Le long-métrage, qui dure 2h49, confirme le statut de superstar naissante de son acteur principal, tout en offrant une réflexion sur le temps et la paternité.

Une odyssée spatiale entre série B de luxe et hommage à Kubrick

On peut tiquer sur le statut d’intouchable hollywoodien de Christopher Nolan, concept maker pas toujours subtil – du brouillasseux « Tenet » au ventripotent « Dunkerque », en passant par sa trilogie pâteuse des « Batman » –, et adhérer absolument à « Interstellar ». Le film tient lieu d’odyssée spatiale un peu cintrée durant laquelle Joseph Cooper est propulsé aux confins de l’univers afin d’y dénicher une planète habitable et plus pimpante que notre Terre ravagée.

Il faut moins le voir comme une relecture new age du « 2001 » de Kubrick, sempiternelle référence à laquelle s’arrime Nolan, que comme une série B de luxe dans la veine d’« Inception » (l’un de ses meilleurs), où l’ivresse ludique générée par les circonvolutions du scénario supplante la part de space opera pour gros patapouf qui menace ici tout du long.

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Un jeu de société malicieux aux prophéties ironiques

Petit miracle bien de son temps – le début des années 2010, où le biotope du cinéma s’hybride sérieusement à l’écosystème créatif des séries –, « Interstellar » se décrypte surtout comme le mode d’emploi d’un immense jeu de société débordant de malice et de prophéties ironiques. Le futur y est dépeint comme une société agraire en crise, où les drones sont attrapés au lasso, et où le tragique et l’émotion sont toujours teintés de fantaisie triviale.

Un effet à la Méliès résume à lui seul le charme de ce blockbuster aérien : Cooper prend un raccourci spatio-temporel pour visiter une planète inconnue, et hop !, revenu dans le vaisseau-mère au bout d’un quart d’heure, son équipage qui l’attendait s’est pris vingt ans dans la poire. Ce déluge d’artifices oscillant avec intelligence entre le high-tech, le délire mystique et les farces et attrapes n’entrave en rien la quête filiale éperdue du héros.

Un acmé bouleversant pour Matthew McConaughey

Le personnage de Cooper, père inquiet et aimant, se joue en surface comme en profondeur. Matthew McConaughey y trouve là une sorte d’acmé d’autant plus bouleversante qu’elle va s’avérer furtive : « Interstellar » eut beau confirmer son statut de superstar naissante, l’acteur apparaît depuis nettement en retrait sur l’échiquier de Hollywood, comme s’il était parti trop loin.

Le film, qui réunit également Anne Hathaway au casting, reste disponible sur Netflix pour les abonnés. Il s’impose comme une œuvre singulière dans la filmographie de Nolan, où l’amour paternel et le vertige du temps se conjuguent avec une amplitude rare.

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