La région Grand Est a officiellement demandé, mardi 25 août 2026, la mise en place d'un plan européen massif destiné à soutenir l'agriculture locale, durement touchée par la sécheresse qui sévit depuis plusieurs mois. Dans une résolution adoptée à l'unanimité, les élus régionaux appellent Bruxelles à débloquer des fonds exceptionnels et à coordonner une réponse commune face à ce qui est décrit comme une « crise sans précédent ».
Une situation hydrique critique dans le Grand Est
La sécheresse qui frappe le Grand Est a atteint un niveau critique, avec des nappes phréatiques à des niveaux historiquement bas et des cours d'eau en débit réduit. Les précipitations, en déficit de 40 % sur les six derniers mois, ont contraint les agriculteurs à puiser dans leurs réserves stratégiques, épuisant les stocks destinés à l'irrigation. Les cultures de maïs, de colza et de betterave, emblématiques de la région, affichent des rendements en chute libre, certains secteurs enregistrant des pertes allant jusqu'à 60 % par rapport à la moyenne quinquennale.
Selon la chambre régionale d'agriculture, plus de 12 000 exploitations seraient en difficulté, dont 3 500 en situation de trésorerie critique. Les éleveurs, confrontés à la raréfaction du fourrage, sont contraints d'acheter du foin à des prix records, creusant encore leurs charges. Cette situation alarmante a conduit la présidente de la région, Valérie Debord, à saisir directement les institutions européennes, estimant que « la seule réponse nationale ne suffira plus ».
Les demandes concrètes de la région auprès de Bruxelles
La résolution adoptée par le conseil régional comporte plusieurs revendications précises. En premier lieu, elle réclame l'activation du fonds de solidarité de l'Union européenne, prévu pour les catastrophes naturelles, afin d'indemniser rapidement les pertes de récoltes. Les élus demandent également une dérogation aux règles de la politique agricole commune (PAC) pour permettre des avances sur les aides directes, ainsi qu'un relèvement des plafonds des aides d'État autorisées pour les exploitations en difficulté.
Par ailleurs, le Grand Est souhaite la création d'un « mécanisme européen de gestion des risques climatiques » qui mutualiserait les fonds entre États membres pour faire face aux aléas météorologiques. Cette proposition s'inscrit dans une volonté de « construire une stratégie commune de l'eau », comme l'a souligné le rapporteur du texte, Jean-Luc Wirth, qui a insisté sur la nécessité de « sortir de la logique des crises à répétition ».
Une réponse politique attendue à l'automne
La demande du Grand Est intervient alors que plusieurs autres régions françaises, comme l'Occitanie et la Provence-Alpes-Côte d'Azur, ont également fait part de leurs inquiétudes. La Commission européenne, saisie officiellement, a indiqué qu'elle examinerait la requête dans le cadre de la révision à mi-parcours du budget agricole, prévue pour octobre 2026. Bruxelles a néanmoins rappelé que les aides d'urgence relèvent d'abord des États membres, tout en se disant ouverte à un dialogue renforcé sur la gestion de l'eau.
En attendant, les organisations agricoles régionales appellent à une mobilisation devant les préfectures dès la semaine prochaine pour maintenir la pression. Le gouvernement français, de son côté, a annoncé l'ouverture d'une cellule de crise interministérielle pour suivre la situation, sans pour autant s'engager sur un montant précis d'aides. La région, elle, espère que son initiative fera tache d'huile et que l'Union européenne adoptera un plan « à la hauteur de l'enjeu » avant la fin de l'année, afin d'éviter une aggravation de la crise sociale dans les campagnes.



