À hauteur du pont Lucie-Aubrac, le Gardon a disparu du paysage. À perte de vue, il ne reste plus que les galets, là où l’eau courait encore il y a quelques semaines. « Ici coulait une rivière », lâche avec une pointe d’ironie Pierre Aubert, président de l’AAPPMA des pêcheurs du Haut-Gard, au côté de Vincent Ravel, président de la Fédération de pêche du Gard, venu constater l’ampleur de la situation.
Une catastrophe silencieuse
« C’est une catastrophe. Chaque jour qui passe dans le département, on perd des milliers de poissons dans un silence total. À part constater les assecs (assèchement partiel ou total du lit) et les poissons qui meurent, on est totalement impuissants », déplore Vincent Ravel. Dans ce secteur au contexte géologique particulier, marqué par le karst, le Gardon poursuit une partie de son parcours en souterrain avant de ressortir plus bas, vers La Tour.
« Ce qu’on voit là, c’est partout. Les pêches de sauvetage qu’on fait, c’est de la parade. On va sauver 0,1 % de la population quand vous avez deux kilomètres qui sèchent en une nuit », ajoute-t-il. Et avec les poissons, c’est tout le milieu qui souffre. « On perd les populations, les invertébrés, toute une biodiversité, avec derrière une prédation constante des oiseaux, des reptiles, des rapaces et même des sangliers. »
Des mesures réclamées
Membre du comité ressource en eau pour la Fédération, Vincent Ravel dit y réclamer des mesures à la hauteur de la crise. « Je demande énormément de restrictions pour les milieux. J’ai demandé à tous mes collègues présidents s’ils étaient d’accord pour interdire la pêche lorsque l’on passe en crise. Il y a une question d’éthique. » La pêche est ainsi abandonnée sur les rivières concernées, tout en restant possible sur certains plans d’eau.
Sur les prélèvements agricoles, le président refuse la polémique mais pointe les arbitrages. « Je comprends que les producteurs et les usagers aient besoin d’eau pour leur activité professionnelle et économique, mais aujourd’hui la jauge d’arbitrage se fait sur le dos des milieux aquatiques. Le préfet déroge sur la question de l’agriculture, c’est sa responsabilité. »
Des solutions à long terme
Pour autant, Vincent Ravel ne rejette pas l’idée de retenir davantage l’eau. « Je ne suis pas un anti-barrage, bien au contraire. Si les agriculteurs doivent faire des retenues, je suis le premier à dire de le faire mais depuis qu’on a ouvert le robinet, on puise de manière infinie sans se soucier de ce qui se passe dans les cours d’eau. »
À plus long terme, Vincent Ravel voit déjà la pratique évoluer. « Au vu des projections qu’on voit depuis vingt ans, je suis convaincu que l’avenir de la pêche se fera sur des secteurs comme Mercoirol et les plans d’eau des barrages du département » avec, selon lui, une urgence parallèle d’entretenir ces retenues. « Un million de mètres cubes de sédiments, c’est autant d’eau perdue qu’on aimerait avoir. »



