Depuis le 6 juillet, le bassin du Carladez, dans l'Aubrac, est alimenté en eau potable par des camions-citernes. Environ 3 000 habitants et presque autant de touristes sont concernés, selon Jean Valadier, maire d'Argences-en-Aubrac et président de la communauté de communes Aubrac-Carladez-Viadène (Aveyron). Cette situation inédite aussi tôt dans l'année résulte d'une sécheresse sévère et de canicules à répétition.
Une situation critique sur le haut plateau
Sur le haut plateau de l'Aubrac, dans le Massif central, l'eau se fait très rare. Des chênes dépérissent, des petits cours d'eau sont à sec, et la végétation a grillé, victime de l'effet sèche-cheveux. Les plaines ressemblent à « un paillasson », décrit Jean Valadier. Le bassin du Carladez, composé de six municipalités, est particulièrement touché.
Quelques épisodes d'orages ont offert des périodes de rémission, comme depuis dimanche, interrompant le ballet des camions-citernes. Mais il risque de reprendre sans précipitations de longues durées. « Si la situation continue, on se projette sur un approvisionnement pendant des semaines parce qu'on a désormais aussi des automnes relativement secs », souligne Jean Valadier.
Une fonte des neiges très rapide
En France, une centaine de communes ont pu avoir besoin cet été d'un réapprovisionnement en eau potable par camions-citernes, selon le ministère de la Transition écologique. D'autres moyens existent : interconnexion temporaire de réseaux, unités mobiles de traitement, distributions de bouteilles, ou gestion graduée avec tours d'eau ou coupures programmées.
Dans le Carladez, l'alimentation en eau potable, déléguée à Veolia, dépend du Siniq. Cette rivière est normalement alimentée par les pluies et la fonte des neiges des monts du Cantal. Or, il n'y a plus de neige disponible, et le Siniq dépend uniquement des précipitations. « Même si la neige est tombée en abondance cette année, elle a fondu très vite et ne percole pas doucement et régulièrement pour approvisionner les cours d'eau, livre le maire. C'est une des situations nouvelles sur le Massif central, considéré pourtant comme un des châteaux d'eau de la France. Et, finalement, la réserve n'existe plus pour les périodes estivales. »
Le débit du Siniq surveillé avec soin
La décision de faire appel à un approvisionnement extérieur dépend du débit du Siniq : à partir de 45 mètres/seconde, le stade de crise est activé et les camions-citernes sont appelés pour préserver la continuité écologique de la rivière. Fin juillet, le débit est tombé à 35 m/s, et une dérogation préfectorale a autorisé le prélèvement jusqu'à 25 m/s.
L'eau est prélevée 40 km plus loin à Laguiole, capitale de l'Aubrac, et transportée vers l'usine de production d'eau potable de Thérondels. Le coût de ce transport est estimé par le président de la communauté de communes à plus de 100 000 euros jusqu'à présent. Pour les habitants, cet approvisionnement passe presque inaperçu, car il n'y a pas encore eu de coupures. Une campagne de communication appelle cependant à limiter les usages de l'eau « au minimum vital ».
« Le phénomène s'accélère avec brutalité »
Pour Jean Valadier, « le phénomène s'accélère avec brutalité », alors que l'approvisionnement par camions-citernes a eu lieu une première fois lors de la sécheresse de 2022, puis en 2023 et 2025. Les craintes portent aussi sur l'abreuvement du bétail lié au tarissement des sources, ce qui fait peser un risque sur l'élevage des célèbres vaches d'Aubrac.
Avec le réchauffement climatique d'origine humaine, des schémas directeurs sont préparés pour guider la prise de décision. « Ces schémas nous démontrent qu'en 2050, nous serons tous en difficulté si nous ne pouvons pas nous appuyer sur des ressources en eau robustes », appuie Jean Valadier. Des études sont menées pour prélever de l'eau dans le barrage de Sarrans, le cinquième plus grand lac artificiel de France avec 35 km de long. D'ici 2029, des prélèvements pourraient y avoir lieu pour sécuriser l'approvisionnement.
Ressource en baisse près du lac d'Annecy
En Haute-Savoie, la situation n'est pas aussi critique pour la commune de Faverges-Seythenex, située à moins de 10 km du lac d'Annecy. Le débit de la ressource en eau dans le bassin du Fier a baissé de 20 %, indique Clarisse De Polli, la directrice des services techniques de la ville. Au 1er août, ce secteur a été classé en vigilance 3 sur 4 par la préfecture, en raison du temps sec et chaud et de l'absence prolongée de précipitations.
« Le niveau de la ressource a baissé, on a basculé l'approvisionnement sur un château d'eau de la commune voisine, mais ce n'est pas dramatique, temporise Clarisse De Polli. On a quand même des inquiétudes sur le fait que la sécheresse se poursuive en septembre et octobre, car les nappes ne vont pas être réalimentées tout de suite. » Un seul site touristique, le domaine de la Sambuy, a été approvisionné par camions-citernes, plus tôt que prévu, fin juillet, contre mi-août habituellement. « Il y a une vigilance à avoir sur la gestion et l'utilisation des eaux », conclut-elle.



