Françoise, 78 ans, malvoyante, a reçu officiellement son chien guide Uky, mardi 18 août, à Sète. Depuis qu'elle se déplace avec lui, elle ne tombe plus, alors qu'elle chutait fréquemment auparavant. L'association Chiens guides du grand sud-ouest (CGAGSO) lui a remis le golden retriever après six mois d'apprivoisement mutuel.
Un binôme soudé après six mois de préparation
Quai de la Résistance à Sète, Uky sort le museau à l'approche d'un restaurant, mais la voix de Françoise le ramène à la réalité : « Ligne ». Ce mot signifie qu'ils vont traverser un passage piéton, et le chien doit être vigilant. Car Uky n'est pas un chien comme les autres : il est le guide de Françoise, qui souffre de dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). Diagnostiquée il y a une vingtaine d'années, elle a perdu la vue d'un œil et ne perçoit plus les visages de l'autre. « Je vois trouble. Quand je me balade sur les quais, je me cogne souvent aux quilles. Je me suis déjà cassée à deux reprises le poignet. Depuis que je me balade avec Uky, je ne suis pas tombée une seule fois ! » témoigne-t-elle.
Une formation rigoureuse pour Uky
Uky a suivi un parcours exigeant avant d'arpenter les rues sétoises. Né dans un élevage à Angers, il a été pris en charge par la CGAGSO, basée à Toulouse. Il a vécu un an dans une famille d'accueil, puis a intégré l'école des chiens guides pendant huit mois, du lundi au vendredi. « On leur apprend à appréhender une cinquantaine de situations, explique Fanny, éducatrice. Par exemple, les chiens reconnaissent les mouvements de foule. Ils observent les pieds des passants pour anticiper leur déplacement, c'est assez impressionnant. »
Le long de la rue Honoré-Euzet, Françoise tient Uky par un guidon d'une main et une laisse de l'autre. Le chien slalome entre les obstacles, comme un horodateur ou la chaise d'une terrasse. Le golden retriever a beau être très mignon, il est demandé de ne pas le caresser : « Quand il travaille, il doit rester concentré », informe Fanny.
L'association cherche à s'implanter à Béziers
La CGAGSO, membre de la Fédération française des associations de chiens guides d'aveugles (FFAC), éduque et attribue gratuitement des chiens guides aux personnes aveugles ou malvoyantes. Elle repose essentiellement sur des dons. Avec aujourd'hui 110 binômes chien/maître dont 19 dans l'Hérault, elle souhaiterait créer une antenne à Béziers pour s'ancrer davantage sur le secteur.
« On sélectionne aussi le maître, explique Fanny. Il doit pouvoir se déplacer seul, en sécurité. » Avant de se voir confier Uky, Françoise a rencontré un instructeur en locomotion et un psychologue. Elle s'est rendue à Toulouse pendant plusieurs semaines pour apprendre au contact de différents chiens. Une fois l'apprentissage de Uky accompli, Fanny s'est mise en quête du binôme parfait. « On mesure les allures de marche, on regarde si le cadre de vie du maître est adapté. » La liste d'attente est d'environ un an et demi.
Un nouveau compagnon qui change la vie
Françoise a été choisie, pour son plus grand bonheur : « Je suis ravie, Uky est un super compagnon. » Son nouveau meilleur ami l'aide à se déplacer, mais aussi à se sentir moins seule à la maison. « Mon mari est mort en 2023, j'ai connu quelques épisodes de dépression. Uky est arrivé à point nommé. Il est affectueux, toujours dans mes pattes ! » De la balade sur la plage du Lazaret à la sortie au théâtre de la Mer, le duo ne se quitte plus. Dans huit ans, Uky aura droit à une retraite bien méritée. « Il aura dix ans, se projette Fanny. On demandera à Françoise si elle veut bien qu'il reste avec elle, ou alors… » « Oui, je pense que je le garderai », répond-elle du tac au tac.



