Le Rassemblement national (RN) opère un virage stratégique sur les questions environnementales. Selon une analyse publiée par Libération, le parti dirigé par Jordan Bardella abandonne progressivement son discours climatosceptique historique pour adopter une posture techno-solutionniste, misant sur les innovations techniques pour répondre aux défis climatiques.
Un changement de cap idéologique
Pendant des années, le RN a nié ou minimisé le réchauffement climatique, s’alignant sur les positions de son ancienne présidente Marine Le Pen, qui qualifiait l’écologie de « religion verte ». Désormais, le parti cherche à séduire un électorat plus jeune et urbain, sensible aux enjeux environnementaux. Ce revirement s’inscrit dans une stratégie plus large de « normalisation » du parti d’extrême droite.
Dans un entretien à Libération, un cadre du RN explique : « Nous ne sommes plus dans le déni. Le changement climatique est une réalité, mais nous refusons les solutions punitives et décroissantes. Nous croyons en la capacité de l’innovation et de la technologie à résoudre ces problèmes. »
Le techno-solutionnisme comme nouvelle doctrine
Le parti mise désormais sur des solutions comme le nucléaire, les véhicules électriques, l’hydrogène vert ou encore la capture du carbone. Cette approche, qualifiée de « techno-solutionniste », consiste à croire que les avancées technologiques permettront de découpler croissance économique et émissions de CO2, sans remettre en cause le modèle de consommation.
Un document interne du parti, cité par Libération, affirme : « La France doit investir massivement dans la recherche et le développement pour devenir un leader des technologies vertes. » Le RN propose notamment un plan de 50 milliards d’euros sur cinq ans pour financer l’innovation environnementale, sans préciser les modalités de financement.
Des critiques sur la cohérence du discours
Les associations écologistes et les partis de gauche dénoncent une « mascarade ». Pour Greenpeace France, « le RN reste un parti climatosceptique qui tente de verdir son image sans remettre en cause son opposition aux énergies renouvelables et aux mesures de sobriété ». De fait, le RN continue de voter contre les lois climatiques et de défendre les énergies fossiles, comme le gaz de schiste.
Un sondage récent de l’Ifop, réalisé en mai 2023, indique que 62 % des sympathisants RN estiment que le réchauffement climatique est « un phénomène naturel » et non d’origine humaine, contre 38 % dans l’ensemble de la population. Ces chiffres suggèrent que le discours officiel du parti peine à convaincre sa propre base.
Un pari risqué pour l’avenir
Ce virage techno-solutionniste pourrait permettre au RN de capter une partie de l’électorat de droite traditionnelle, notamment chez Les Républicains, mais aussi de jeunes actifs préoccupés par l’écologie. Cependant, les contradictions internes du parti risquent de fragiliser cette stratégie. Le RN devra concilier son nouveau discours avec ses positions historiques, comme la sortie de l’Union européenne, qui complique la coopération climatique.
Selon le politologue Jean-Yves Camus, interrogé par Libération, « le RN cherche à occuper un espace politique laissé vacant par la droite modérée, mais son électorat reste majoritairement climatosceptique. Ce double discours pourrait se retourner contre lui ». Le parti devra également faire face à la concurrence de la droite souverainiste, incarnée par Éric Zemmour, qui assume un climatoscepticisme assumé.
Conclusion : une évolution sous surveillance
Le Rassemblement national tente de se repositionner sur l’écologie, mais ses contradictions internes et les réticences de sa base pourraient limiter la portée de ce virage. Le techno-solutionnisme offre une façade moderne, mais ne masque pas les profondes divergences entre le discours officiel et les pratiques politiques du parti. Les observateurs appellent à la vigilance face à cette nouvelle stratégie de communication.



