Des rivières qui, de mémoire d'homme, ne s'étaient jamais asséchées ne coulent plus. C'est le constat alarmant dressé par Thibault Datry, écohydrologue à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), dans un entretien au Monde. Selon lui, la sécheresse actuelle, aggravée par le changement climatique, provoque une disparition sans précédent des cours d'eau en France.
Un phénomène inédit qui touche des rivières jusqu'ici épargnées
Thibault Datry souligne que des rivières pérennes, qui coulaient en permanence, s'assèchent désormais chaque été. Il cite l'exemple de l'Ain, où certains tronçons sont à sec. Ce phénomène est inédit et témoigne d'une dégradation rapide des écosystèmes aquatiques. L'écohydrologue précise que ces cours d'eau abritent une biodiversité spécifique, qui ne peut pas survivre à l'assèchement.
Les causes sont multiples : le manque de précipitations, la hausse des températures qui augmente l'évaporation, et les prélèvements humains pour l'agriculture ou l'eau potable. Thibault Datry insiste sur le fait que ces facteurs se cumulent et créent des conditions extrêmes, comparables à celles observées dans les régions méditerranéennes ou tropicales.
Des conséquences écologiques et humaines majeures
L'assèchement des rivières a des impacts directs sur la faune et la flore. Les poissons, les invertébrés et les plantes aquatiques meurent, et les espèces qui dépendent de ces milieux, comme les oiseaux ou les mammifères, sont également menacées. Thibault Datry rappelle que les rivières asséchées perdent leur fonction de corridor écologique, ce qui fragmente les habitats et réduit la biodiversité.
Au-delà de l'écologie, les conséquences sont humaines : l'eau potable, l'irrigation et les activités touristiques sont affectées. Dans certaines régions, des restrictions d'eau sont déjà en vigueur, et les conflits d'usage risquent de s'intensifier. L'écohydrologue appelle à une prise de conscience collective et à des actions concrètes.
Des solutions pour restaurer les rivières
Thibault Datry propose plusieurs pistes pour atténuer le phénomène. Il préconise de restaurer les zones humides et les ripisylves, qui stockent l'eau et régulent son écoulement. Il recommande également de réduire les prélèvements, notamment en améliorant l'efficacité de l'irrigation et en favorisant des cultures moins gourmandes en eau. Enfin, il plaide pour une meilleure gestion des barrages et des seuils, qui peuvent accentuer l'assèchement en aval.
L'écohydrologue insiste sur l'urgence d'agir : « Nous sommes face à un point de bascule. Si nous ne changeons pas nos pratiques, de nombreuses rivières disparaîtront définitivement. » Il appelle les pouvoirs publics à intégrer ces enjeux dans les politiques d'aménagement du territoire et de gestion de l'eau.
Un appel à la mobilisation générale
Thibault Datry conclut en soulignant que la préservation des rivières est un enjeu global, qui dépasse les frontières. Il rappelle que des solutions existent, mais qu'elles nécessitent une volonté politique et une implication citoyenne. « Chacun peut agir à son échelle, en réduisant sa consommation d'eau et en soutenant les associations de protection des rivières », dit-il.
En attendant, les prochains étés risquent d'être de plus en plus secs, et les rivières de plus en plus vulnérables. La situation actuelle doit servir de signal d'alarme pour une gestion durable de cette ressource vitale.



