Acidification, réchauffement, élévation… À l’image de la Méditerranée, mers et océans subissent la triple crise planétaire. Le crabe bleu, symbole du réchauffement des mers, prolifère avec le ver de feu barbu dans le bassin méditerranéen, menaçant la biodiversité, la santé humaine et le tourisme.
Un diagnostic alarmant pour la Méditerranée
Le dernier rapport Copernicus sur l’état de santé de l’océan dresse un constat inquiétant, particulièrement pour la Méditerranée. Cette mer, considérée comme un hot spot du bouleversement climatique, se réchauffe 20 % plus vite que le reste du monde. Entre mai 2022 et début 2023, elle a connu la vague de chaleur marine la plus longue jamais enregistrée en quarante ans, avec des températures de surface jusqu’à 4,3 °C au-dessus de la normale. Les nouveaux épisodes de réchauffement estivaux en 2024 montrent que l’exceptionnel pourrait devenir la norme.
Le crabe bleu, qui se nourrit de mollusques, a provoqué une chute de 75 à 100 % de la production de moules dans certaines lagunes du delta du Pô, en Italie. Le ver de feu barbu, espèce endémique pouvant atteindre 70 cm, perturbe la pêche en Sicile en consommant les appâts et en abîmant les poissons capturés. Ces espèces prolifèrent avec le réchauffement des eaux, tout comme les méduses et certaines algues invasives, tandis que coraux, oursins et éponges sont menacés.
La triple crise planétaire
Le rapport Copernicus rappelle que l’ensemble des océans subissent ce que l’ONU appelle la triple crise planétaire : changement climatique, perte de biodiversité et pollution. « Lorsque l’océan change, tout ce qui lui est lié change : les écosystèmes marins, la société et l’économie », souligne le rapport. Selon le baromètre Starfish, 1 677 espèces marines sont en voie d’extinction.
Des records de température battus
L’océan mondial a atteint un record de 21 °C au printemps 2024, avec une accélération constante de la teneur en chaleur océanique de 0,14 W/m² par décennie. Les vagues de chaleur marines de 2023 et 2024 ont dépassé de 0,25 °C les records de 2015 et 2016. En 2023, une vague de chaleur a frappé l’océan tropical Atlantique Nord, battant tous les records d’intensité, de durée et d’étendue. Plus de 99 % de la région a été touchée, certaines zones connaissant plus de 300 jours de canicule.
Élévation du niveau de la mer
En se réchauffant, l’océan se dilate, et conjugué à la fonte des glaces terrestres, il provoque une élévation du niveau de la mer. Depuis le début du XXe siècle, il a augmenté de 228 mm, avec un rythme accéléré : une hausse de 30 % entre les années 1990 et 2010. Cette élévation accroît les risques d’inondation et d’érosion des zones côtières, affectant particulièrement les côtes européennes où vivent 200 millions de personnes. Des sites du patrimoine mondial de l’Unesco seront partiellement ou totalement inondés au cours des siècles à venir.
Acidification des océans
L’acidification des océans continue de progresser, avec des effets néfastes pour la biodiversité marine. Environ 16 % des coraux menacés et 30 % des coraux en danger critique d’extinction sont également touchés par le réchauffement ou l’acidification rapide.
Une économie bleue menacée
Copernicus rappelle que les vagues de chaleur marines extrêmes se sont produites dans des pays où 40 à 80 % des emplois de l’économie bleue dépendent du tourisme côtier. Ces épisodes de chaleur marine s’annoncent plus fréquents, plus intenses et plus généralisés, menaçant un écosystème économique vital. Le crabe bleu a déjà été repéré sur le littoral languedocien, signe que l’invasion s’étend.



